« Je suis une anti-enseigne. A Hall 2, je vends des attitudes. Quand on vient chez moi, et que l’on fait un achat, à savoir un choix que j’accompagne, on se sent plus vivant. » Christelle Gloria, créatrice de mode autodidacte à l’instinct, nourrie de Saint Laurent, Chanel, et du vestiaire de sa grand-mère, ne tortille pas. Voix douce mais affirmée, visage aimant entre Katherine Hepburn et Juliette Binoche, elle a toujours confirmé ses options et tranché ses genres de civilisations. Christelle Gloria range vite au placard les silhouettes criardes et emperlousées des chicas latinas, les bimbos déshabillées aux signes extérieurs affriolants. Elle met vite un haro sur la pouffitude et l’exhibitionnisme obligé, et prône le charme qui se devine. Et sa modernité biberonnée de passé basique marche. Son entreprise, qu’elle a su casser pour mieux recomposer, en ces temps de crise, ne connaît pas la mouise. « Cette saison, je ne fais pas de soldes. Je ne suis pas riche pour autant, mais je veux garder ma liberté, mon indépendance. J’ai une boutique unique car je fais des propositions uniques avec ma marque Hall 2. »
Aujourd’hui, vous avez passé la moitié de votre vie dans la mode, comment en êtes-vous arrivée à la création de cette boutique unique et et votre marque Hall 2?
Je suis en effet dans ce milieu depuis 24 ans. J’ai commencé à développer une marque. J’ai fait ensuite des tests dans une boutique multimarque. Puis j’ai géré cinq boutiques. Ensuite en 1999, je crée Gallery rue des Filatiers à Toulouse, une boutique novatrice. Je fais une pause, et je me dis que je vais stopper dans ce milieu. Puis je prends un local rue du Coq d’Inde. Je vais à Paris, découvre Paul and Joe, Vanessa Bruno, Prairie de Paris. La clientèle fait wouah!!! Je sens de l’émotion, je m’amuse alors dans le métier. J’ouvre Hall 2 en septembre 2004, à nouveau l’émotion. Les contraintes me conduisent à l’épanouissement.
Et puis…rupture, car vous ne voulez pas tomber dans le train-train
Tout à fait. Je sentais que toutes les boutiques se mettaient dans ce créneau, le simple, l’élégant qui ne le devient plus car il n’est pas habillé d’audace. Je ne m’amuse plus, et je pense que je n’ai aucune raison de m’abimer. J’arrête tout, et je fais des recherches. Je me mets en laboratoire, et je laisse tomber les marques qui pour beaucoup se ressemblent. Je pars à la recherche d’usines avec qui je fais des modèles, et je crée sous l’étiquette de l’usine.
« J’EN AI MA CLAQUE DES NANAS A POIL »
D’où vient votre inspiration?
Du vestiaire de ma grand-mère, de ses beaux tabliers, du look de l’infirmière ou de l’hôtesse de l’air, et de très peu de créateurs, seulement Saint Laurent et Coco Chanel. Vous savez je ne suis pas issue du monde du luxe, au contraire d’une famille très modeste.
Votre ligne Hall 2 est élégante. Vous semblez maudire le côté bimbo et m’as-tu vu?
Pour moi l’élégance, c’est un équilibre, un respect de soi. Je défends des règles de pudeur. J’en ai ma claque de voir des nanas à poil, ou qui affichent leur string. Le charme, cela se devine. Je prône le beau, c’est mon exigence. Certes, c’est plus cher, mais mes produits sont portables pendant des années. Je suis de plus en plus orthodoxe. En période de crise, on a besoin d’être rassuré par de la tradition et des valeurs affirmées.
« J’AI FAIT MA CRISE AVANT LA CRISE »
En parlant de crise, vous ne semblez pas la subir, contrairement à beaucoup. Pourquoi?
J’ai fait ma crise avant la crise. Chaque fois que j’ai senti que mon entreprise allait foirer, j’ai tout viré. Pour ne pas subir la crise, il faut réagir avant, moi j’ai une réactivité à la saison. Pourquoi subir? La preuve, cette année, je ne fais pas de soldes, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec cela. Après bien sûr, moi aussi, je subis les charges hallucinantes en France, la multiplication des taxes. Mais, avec mon éthique, je m’en sors.
Comment définissez-vous votre ligne de développement?
Sans aucune règle. Moi, je suis l’anti-enseigne. Je veux garder mon indépendance. J’ai une boutique unique car je fais, avec mes collections Hall 2, des propositions uniques. Je vends des attitudes, pas des produits, qui au quatrième degré changent. Je fais des choix de vêtements et j’accompagne ma cliente. Pour moi, la cliente est une locomotive qui me permet de rester sur mes rails.
Propos recueillis par Laurent Conreur
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