Culture

Plus Bébel ses vies

 Depuis 1960, les mondes couplés de l'édition et du cinéma réclament à corps et écrits que Jean-Paul Belmondo raconte Bébel ses vies. Avec "Mille vies valent mieux qu'une" et "Belmondo par Belmondo", c'est fait et bien fait.

Dans « Confessions », Rousseau écrivait, « Je ne sais rien voir de ce que je vois; Je ne vois bien que ce que je me rappelle, et je n’ai de l’esprit que dans mes souvenirs ». Depuis 1960, les mondes couplés de l’édition et du cinéma réclament à corps et écrits que Jean-Paul Belmondo raconte Bébel ses vies. En 1960, à la sortie d »A bout de souffle », l’acteur préféré des Français manquait encore un peu de souffle pour boucler un bouquin. L’homme qui s’est toujours voulu Scapin, héros d’une comédie permanente, et qui avait confié très jeune à sa maman (dont le portrait ouvre le livre) qu’ « il voulait être clown » et qui lui avait répondu « Tu l’es déjà », a en permanence joué un tour de passe-passe pour ne jamais se livrer. Il a, enfin, décidé de se souvenir pour nous rappeler qu’il s’est bien amusé, a vécu les « 400 coups » de Truffaut (Surtout avec le pince sans rire Jean-Pierre Marielle) en version Laurel et Hardy. « Mille vies valent mieux qu’une », en couple avec « Belmondo par Belmondo », détermine bien son premier rôle: celui d’acteur pote et pitre, cool et déconnant, libre et insouciant, chambreur et boxeur, blessé un temps par un cataloguage de comédien de films d’aventure ou d’action mais jamais blessant. Fils spirituel de Michel Simon, de Jules Berry et du Gabin « Pépé le Moko » ou « La belle équipe », il est aujourd’hui père de Jean Dujardin pour le charme sans frime, de Romain Duris pour la liberté d’être ou d’Albert Dupontel pour le cascadeur sans peur et sans reproche. Fils de et père de, aux antipodes de son alter ego populaire Alain Delon l’orphelin solitaire.

UN ATHLETE QUI SURGIT QUAND LES DIALOGUES FUSENT
Bébel restera toujours un athlète qui surgit quand les dialogues fusent. Un acteur qui respire sans expirer, une pile électrique même au repos. Un homme pressé action-réaction. Un acteur qui défrise en gesticulant quand d’autres articulent en se masturbant. Belmondo n’a jamais eu besoin de miroir pour s’admirer, alors que d’autres en abusent pour se mirer.
Aujourd’hui, Jean-Paul Belmondo a le corps prisonnier alors qu’il lui a toujours accordé toute sa liberté. Sa tchatche sans retenue est entrecoupée de pauses, alors que le touche était toujours enfoncée sur « play ». Mais malgré tout, le sourire du Bébel la vie a l’image de l’immortalité. Car Bébel n’a jamais eu le temps, mais il l’a pris. Plus vite, plus haut, plus fort, comme le slogan d’un grand quotidien sportif français. Pour lui le plus sportif des acteurs français.

« Mille vies valent mieux qu’une » de Jean-Paul Belmondo, (Fayard, 320p, 19,90 euros). Sortie le 7 novembre
« Belmondo par Belmondo » (Fayard, 304p, 39 euros). Sortie le 7 novembre

Laurent Conreur


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