Culture

Rodez: le Musée Soulages de raisons

Depuis son inauguration en mai 2014, le musée Pierre Soulages brille par sa fréquentation record. Une réussite aux antipodes des espérances, et à l'opposée de la tendance globale. Avec l'exposition Picasso jusqu'au 25 septembre, le site aux cinq parallélépipèdes du maître de l'outre-noir est digne d'un site d'une grande métropole.

Etoiles et toiles. Le Musée Soulages à Rodez gravite dans le ciel du succès populaire. Depuis son inauguration en mai 2014, la perle artistique aveyronnaise brille par sa fréquentation record. Une réussite aux antipodes des espérances, et à l’opposée de la tendance globale. Avec l’exposition Picasso jusqu’au 25 septembre, le site aux cinq parallélépipèdes d’acier Corten rouille du maître de l’outre-noir, en phase architecturale avec la pierre austère des lieux, poursuit son dessein merveilleux. Et, pourtant, ce n’était pas gagné d’avance, tant moult songeaient que ce musée serait une croûte à gros coût. En 2009, à l’aube de l’ode à l’art, 85% des habitants de Rodez manifestaient leur non à l’implantation du musée, car jugé trop cher, trop frime, trop bourgeois, trop élitiste. Et ce même, si les Aveyronnais ne reniaient pas leur amour famille pour l’enfant du pays, Pierre Soulages, fils de Rodez en 1919. Peu imaginent que les foules vont prendre la route du Roquefort pour s’extasier devant des toiles ou des sculptures, alors, pourquoi en faire tout un fromage?
Non seulement, le musée s’avère être ipso facto la crème des crèmes de l’expression artistique, mais le public y plonge avec appétit pour se nourrir des grands noirs de Soulages dans la pénombre des espaces immenses.
Dans leurs rêves les plus excessifs, les autorités espéraient 70.000 visiteurs annuels. Mieux même, le musée, moteur à expositions explosions, a vu entrer plus de 380.000 personnes depuis 2014. L’effet « Soulages » impacte aussi sur les autres musées de la ville et sur l’économie locale.

L’EXPO PICASSO DIGNE DES GRANDES METROPOLES
L’exposition Picasso, une expo digne d’une grande métropole avec 500.000 euros de budget, perpétue l’attrait de la nouveauté du musée de province dans sa vraie ruralité qui dame le pion aux pavillons des grandes villes. En jouant sur la carte intime de Picasso parmi les siens, Pierre Soulages joue la proximité qui sied à un public concerné. Une centaine d’œuvres et de documents réalisés entre 1907 et 1956, prêtées par le Musée d’Antibes et le Musée national Picasso de Paris, ouvrent les portes au Picasso solaire dans sa création solitaire. On retrouve le Grand nu au fauteuil rouge (1929) et le Portrait de Dora Maar (1937) et toute cette part belle faite aux femmes by Picasso comme Femme assise dans un fauteuil rouge (1932) ou Portrait de femme à la queue-de-cheval, Sylvette (1954). Le public aimant peut aussi s’aimanter avec des lithographies de l’artiste, jouxtant des photos sensibles de David Douglas Duncan et Michel Sima, montrant Picasso dans ses ateliers et avec sa famille.
Avec cette exposition, le musée Soulages de raisons prouve qu’il avait toutes les raisons d’être. Allez-y, l’évasion artistique est belle.

Picasso au musée Soulages, à Rodez (12), jusqu’au 25 septembre 2016. Catalogue éd. Gallimard (176 p., 29 €). Tél. : 05 65 73 82 60.

Laurent Conreur


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