Sports & Loisirs

La juste injustice

A la 25e minute, Cristiano Ronaldo, le papillon d'argent portugais, s'est brûlé des ailes. Le papillon de nuit, venu narguer ses yeux vides, n'a pas pu empêcher son flux lacrymal.  Ce devait être son jour de gloire, ce fut celui de son équipe sans lui.

Invainqueur. Aimé Jacquet en avait été affublé par un éditorialiste vengeur démasqué du seul quotidien sportif français avant le début du Mondial 98 en France. Avec le final, et 1, et 2 et 3…zéro que la grand Histoire a figé dans le marbre bleu, blanc, rouge. Le sport a cette logique de l’illogisme. Cette tendance à l’usage du néologisme pour caractériser une situation. Cette gourmandise cynique de cultiver l’oxymore. L’Euro de foot en apporte encore la preuve. La France a perdu de ne pas avoir su gagner. Ou pu. Le Portugal a gagné de savoir ne pas perdre. Sans jamais gagner dans le temps imparti des 90 minutes durant toute la compétition. Avec cette juste injustice, surtout au cours d’une finale d’un jeu d’une pauvre justice. Seul le vainqueur a raison quand tout devait lui donner tort. Seul le vainqueur maîtrise avec maestria les réalités invisibles. La France de Deschamps avait su fonder un acte visible, mais n’a pas réussi à en faire un acte fondateur. André Gide, écrivain contemporain capital, écrivait: « L’illogisme irrite, trop de logique ennuie ». Cette apparente contradiction, ce désir ambidextre de s’attacher à un ordre moral en le savonnant par la recherche de codes existentiels perturbateurs. La victoire de la France au final aurait juste été une photographie banale de la vie. Une traduction de la logique plus probante que la réalité elle-même. Et cette réalité s’est même dissoute dans la plus illogique des fantasmagories. La preuve, le Portugal a perdu le logique acteur principal de cette pièce tragico-illusoire.

CRISTIANO DEVAIT ETRE ACHILLE, IL MOURRA COMME SON ECUYER
A la 25e minute, Cristiano Ronaldo, le papillon d’argent portugais, s’est brûlé des ailes. Le papillon de nuit, venu narguer ses yeux vides, n’a pas pu empêcher son flux lacrymal. La seule logique portugaise était que cette Selecçao était taillée pour lui le patron. Ce devait être son jour de gloire, ce fut celui de son équipe sans lui. L’homme au buste lumineux d’Apollon grec avait tout pour être Achille hier soir dans le Stade de France. « Non je continue », clamait-il sanglé au genou, en sanglots. La mort à crédit, il ne fut que l’écuyer du stratège Achille, son second, Patrocle, qui allait mourir très vite devant les remparts de Troie, à l’aube d’une guerre gagnée, au final, par ses compatriotes. Les Portugais n’avaient jamais été gais avec le football, par rapport à tout ce que ce peuple brésilien d’Europe apporte à ce sport depuis presque un demi-siècle. Hier soir, la juste injustice a fait taire la saudade. Pour habiter un manque habité.

Laurent Conreur


META AREA /META AREA

À continuer

Sports & LoisirsToulouse à pied : 7 balades pour découvrir la ville autrementSports & LoisirsVincent au Clerc obscur de sa carrièreSports & LoisirsToulouse champion du tour en ballon de l’Euro 2016