Il est si bon d’aimer jouer avec le Feu! Chatterton. Se brûler les ailes avec leurs flammes de mots châtiés et leur chaleur fée-lectricité. Dimanche 10 juillet au Festival Pause Guitare à Albi, un incendie dandy est annoncé. Soufflez sur les braises…
Il est si bon d’aimer jouer avec le Feu! Chatterton. Se brûler les ailes avec leurs flammes de mots châtiés et leur chaleur fée-lectricité. Car les cinq garçons savent, comme aucune autre formation française actuelle, allumer un feu de joie rassemblant la littérature délicate du XIXe siècle, une écriture pulsé hip-hop, des guitares aux cordes tendues et des claviers néo-romantiques. Feu! Chatterton, c’est un foyer incandescent nourri par un pyromane dandy décalé, canaille plus et moustachu pêchu, le chanteur Arthur. Arthur, héros réincarné don quichotesque en Hidalgo de pacotille, a cet art artisan partisan de cultiver une syntaxe sublimement alambiquée. D’élégance transe et de précision sensation. Un texte contexte concept qui épouse de longues plages hypnotiques de rock progressif, assorti de piques électro et d’insertions cinématographiques. Entre le feu et la terre, entre deux courants d’art, Serge Gainsbourg et Radiohead, entre deux mémoires d’outre-tombe, The Doors et Baudelaire.
LA FEMME ET LES FLEURS
Pour faire feu de tout bois, le groupe au lyrisme de gouaille et de trouvaille fait souffler le chaud avec deux bûches matrices: la femme et les fleurs. En livrant des chansons sexy not too much, et suivez mon panache. « Le femme représente chez nous l’étrangeté, la beauté, la douleur et l’énigme. Malheureusement, on assassine beaucoup nos héroïnes » concédait Arthur, par fun de femmes et par fin de dames. Et les fleurs? L’éphémère ou l’effet mère? « On est sensibles à leur simplicité. Et également à cette idée fugace qu’il est ardu de jouir de la beauté, car au moment où on la contemple, on sait qu’elle passe ». Des propos ante-mortem qu’aurait pu tenir Thomas Chatterton, poète torturé du XVIIIe suicidé à 17 ans. La figure tragique, sacralisée par le peintre Henry Wallis, a allumé la mèche pour que le groupe trouve son patronyme. Mais aussi tissé des liens avec ceux qui ont avivé les braises de Feu! Chatterton, Alfred de Vigny pour un poème, Gainsbourg pour le titre d’une chanson, et Bashung pour le nom d’un album.
De « Boeing » à « La Malinche », en se dodelinant, en calant son oreille sur « La Mort dans la pinède », écoutez Arthur et se potes poètes, c’est vraiment du feu de Dieu…
Festival « Pause Guitare », base de loisirs de Prat Graussals, Albi. Dimanche 10 juillet à partir de 19 heures: Jeann Added, Feu! Chatterton, Elton John
Laurent Conreur
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