Place des Carmes, dimanche à 13 heures, le vide sidéral. Toulouse est sous haute tension, la chasse aux hooligans russes est ouverte.
« Atmosphère, atmosphère, elle a une drôle de gueule l’atmosphère… » Ainsi se serait écriée la grande Arletty à l’égard de Louis Jouvet dans un « Quai des Brumes » glacial hier vers 13 heures à Toulouse place des Carmes dans un marché généralement convivial, festif, joyeux, et intergénérationnel. Là, le désert, à l’heure où habituellement ça grouille, ça tchatche, ça trinque. Là, le vide, le silence. Les militaires de l’opération Vigipirate dans une France en état d’urgence quadrillent les lieux. Les gendarmes en opération avaient juste avant obligé les cafetiers et les restaurants de rentrer illico presto les terrasses. La raison: l’Euro de foot et la crainte des fights, des pugilats entre supporteurs russes et gallois donc britanniques, pour un match retour après l’aller castagne à Marseille entre Russes et Anglais, ou encore la peur d’un débarquement hier soir à la Fan Zone des allées Jules-Guesde lors de la retransmission de France-Suisse, d’un piètre niveau par ailleurs.
« LES SUPPORTEURS RUSSES NE PRENNENT NI DROGUE, NI ALCOOL POUR SE DEDIER AUX AFFRONTEMENTS »
Piètre comme est le comportement de certains pseudo-supporteurs durant cet Euro. Car à Toulouse, on a aimé la gentille turbulence des fans de la Suède, la fiesta nouba des Espagnols ou la latine coquine des Italiens. Le chercheur Sébastien Louis dresse un état des lieux : « Nous avons affaire à une nouvelle génération de hooligans depuis la fin des années 1990, venus des pays de l’Est, Russie et Pologne principalement : ce sont des gens qui font des sports de combat, qui s’entraînent quotidiennement. Ils ne prennent pas de drogue, pas d’alcool, ils ont un mode de vie ascétique pour se dédier à ces affrontements. L’image du hooligan bedonnant qui buvait plus que de raison est dépassée ».
TERRASSES FERMEES, VENTE D’ALCOOL INTERDIT
Ces supporteurs russes sont en campagne à Toulouse pour le match ce soir au Stadium contre le Pays de Galles. Une rencontre classée 3 sur 4 dans l’échelle des risques dans la lutte contre le hooliganisme, car la menace russe est sérieusement prise au sérieux. Atmosphère, atmosphère, elle a une drôle de gueule l’atmosphère…Le Préfet de Région et de Haute-Garonne a allumé les feux de la sécurité au rouge vif. Car parmi les 10.000 supporteurs russes déferlant sur Toulouse, 150 à 200 sont fichés potentiellement très dangereux car nourris de nationalisme violent. En réponse, (NDLR; calculez le rapport de force), le Préfet a obtenu la mobilisation de 1900 policiers et gendarmes, contre les 1200 prévus. Dans la Ville rose, on fait tout pour éviter les épines: les terrasses du centre-ville sont fermées, la vente d’alcool est interdite, les fouilles se multiplient dans l’espoir de serrer les hooligans ultras. Pour détendre un peu cette situation lourde, très lourde, un couple de restaurateurs russes de Castanet-Tolosan au sud de Toulouse a organisé un match amical entre supporteurs russes et gallois. Pour un Euro heureux. Car à Toulouse, le pétard de la fête est déjà mouillé par cette atmosphère qui a vraiment une drôle de gueule.
Laurent Conreur
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