Culture

Ça tourne pour Haroun !

Reconnu pour son écriture acérée, sa justesse et ses analyses fines, Haroun renouvelle l’art du stand-up. Un spectacle sans concession où l’humour est une arme de réflexion massive.

« Tous complices » arrive à Toulouse les 1er et 2 juin au Théâtre de poche. Ce spectacle jubilatoire écrit par l’humoriste toulousain Haroun connaît actuellement à Paris un succès bien mérité.
Visible cet été sur Canal + dans la saison 9 du Jamel Comedy Club, présent à la radio sur Rire & Chansons ou encore au Théâtre de Dix heures, Haroun a trouvé son public. Après quelques passages au Printemps du Rire à Toulouse, il maîtrise son style, ses impros, ses mimes. Le spectateur rit beaucoup, dès les premières minutes et sans se forcer.

« C’est parce que je rêve d’être une star que je suis humoriste ». Ton décalé, drôle, incisif. Sur scène, avec son look de jeune cadre intello rasé de près, tête de premier de la classe et sourire en coin, Haroun, 31 ans, lève le doigt avant de vanner. Et c’est l’air quelque peu dubitatif mais non moins curieux que le spectateur franchit le seuil du théâtre BO Saint Martin un samedi soir, devanture aux néons bleus façon cabines d’UV, très éloigné des petits théâtres parisiens. La magie va pourtant opérer et surprendre une à une toutes les personnes qu’Haroun interpelle dans l’assistance. Son truc, c’est le stand-up, tout un art lorsqu’il s’agit de tenir un public en haleine pendant près d’une heure. Sur scène, Haroun excelle, il est dans son élément, change de peau, passant sans scrupule du « con qui réfléchit intelligemment » à Chouquette le dinosaure. L’humoriste Fary Lopes, qui l’a invité récemment en première partie de son dernier spectacle au Trianon de Paris dit de lui dans les Inrocks qu’Haroun est probablement « l’avenir de l’humour français ». Rien que ça !
« Tous complices », mais complices de quoi ? De nos incohérences, des politiques décomplexés avec le racisme, du Blanc qui veut sauver l’Afrique et s’est mis au Djembé il y a 2 semaines (« Avant de sauver l’Afrique, sauve ton sens du rythme mon pote »), de notre rapport à l’autre, porteur des pires caricatures comme des vannes les plus cyniques sur lesquelles l’humoriste surfe avec délice. De mèche avec le spectateur face auquel il affiche un sourire moqueur, Haroun se nourrit de l’actualité pour alimenter en permanence son spectacle et laisser une belle part du gâteau à quelques impros, façon Ricky Gervais, connu pour ses performances scéniques et son humour acéré. Pour le personnage cousu main au discours savamment cisaillé, le monde est cruel, les clichés passés au crible. Du mariage musulman arrangé aux femmes en burqua, en passant par les attentats, le marketing, les animaux (« un chat sans poil, c’est comme un pitt bull sans dent »), l’écologie, les Riches ou la fin du monde, « Tous complices » se gausse d’un quotidien dont on oublie vite les contrariétés. Tout semble si léger d’un seul coup. Le public est conquis et n’en perd pas une miette. Haroun déclame et scande « je manie la langue de Molière comme s’il m’avait déshérité ».
Deux soirées uniques à Toulouse pour une bonne tranche de rigolade. Décidément, le talent n’attend point le nombre des années.

Maïa de Martrin

« Tous Complices »
1er, 2 juin 2016 au Théâtre de poche
10, rue El Alamein, 31000 Toulouse

Jusqu’au 25 juin le Samedi soir à 21h30 au Théâtre BO St Martin,
19, boulevard St Martin, 75003 Paris

Tarifs : 12€ au lieu de 16€ sur www.billetreduc.com
Artiste : auteur Haroun / metteur en scène Thierno Yudat
Site internet : www.haroun.fr


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