La métaphore est peut-être excessive. Mais user du film « On achève bien les chevaux » de Sydney Pollack en 1969, symbole de cette Amérique du meilleur et du pire, et de l’absurdité de la condition humaine, pour analyser la fin de vie sportive des joueurs du Stade Toulousain, a toute sa valeur miroir. En effet, au Stade Toulousain, on a pris, depuis quelques années, ce malin plaisir d’achever ses « chevaux » de course, ses purs-sangs au crépuscule encore lumineux de leur carrière. Certes, on nous rétorquera qu’il faut que jeunesse se fasse, et que le témoin doit être passé par les anciens. Oui, certes mais quand ces jeunes anciens ne sont pas des mercenaires, qu’ils ont dignement porté pendant des années les couleurs toulousaines, on peut imaginer un meilleur traitement. On ne peut que se remémorer comment a été remercié, voir oublié, Yannick Jauzion, « le platane », le meilleur centre du monde, dont les racines ont tenus l’attaque du Stade Toulousain, disparu depuis des radars d’ovalie. Comment Jean Bouilhou n’a pas été renouvelé au Stade, alors qu’il vient de vivre sa belle dernière année à Pau…avant de revenir dans le staff toulousain l’an prochain normalement. Comment on a dit ciao à Clément Poitrenaud, certes pas épargné par les blessures cette saison, mais qui aurait mérité plus de considérations. Le nirvana du déni a été atteint avec Vincent Clerc. Un Clerc, à 35 ans, 14 ans de fidélité à Toulouse, au sommet de son art et d’essais. Un Clerc qui en a gros sur la patate, et qu’un certain Mourad Boudjellal a su séduire.
« A TOULOUSE, JE ME SUIS CONSTRUIT EN TANT QU »HOMME »
Sur son compte facebook, l’ailier international se livre en live sans trucage. « Alors que depuis de longs mois, les informations qui m’étaient transmises me laissaient croire que tout était bien engagé quant à mon avenir au Stade Toulousain, il m’a été notifié vendredi 13, dans l’après-midi, que mon club depuis 14 ans ne me ferait aucune offre pour que je reste ».
Dans le genre plaquage à retardement, fourchette dans les yeux, on ne pouvait lui asséner pire blessure mentale. Mais bon et beau prince, comme d’habitude par ailleurs, Clerc dressait un tableau en rouge et noir lumineux : « Je voulais tout d’abord remercier les nombreux supporteurs et partenaires qui ont œuvré pendant de longues semaines pour je ne quitte pas le club… j’en ai été extrêmement touché. J’ai passé 14 ans à Toulouse , ville dans laquelle j’ai fait mes plus belles rencontres, dans laquelle me suis construit en tant qu’homme, et dans laquelle j’ai fondé ma famille. J’espérais terminer ma carrière sur ces terres, mais je n’étais en aucun cas prêt à y mettre un terme ».
« MALHEUREUSEMENT, JE N’AVAIS PLUS LA POSSIBILITE ICI… »
Solide sur ses appuis sur le terrain, Vincent Clerc flanche un peu moralement. Mais comment ne pas être piqué dans ses chairs, et surtout dans son âme: « J’ai encore envie de prendre du plaisir sur le terrain, de relever des défis, et surtout, de continuer à vivre ces émotions si particulières et si intenses que le rugby me procure depuis que je suis enfant ». Et le coup de guillotine tomba pour découper tout espoir: « Malheureusement, je ne n’en n’avais plus la possibilité ici. Nous avons partagé de merveilleux moments ensemble, et je sais qu’ils sont gravés pour toujours! »
Et, en gentleman éternel de conclure: « il nous reste une belle fin de saison à vivre, profitons en au maximum..! »
L’an prochain, c’est Toulon qui y verra Clerc…
Laurent Conreur
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