Culture

« Truskool. Une histoire du graffiti à Toulouse »

Ce livre est le premier à décrire la naissance de la Truskool – mouvement urbain désormais inscrit dans l'histoire du graff et de sa culture

Ce livre est le premier à décrire la naissance de la Truskool – mouvement urbain désormais inscrit dans l’histoire du graff et de sa culture

Passionné par l’art urbain et co-fondateur de la galerie GHP en 2006, l’auteur Olivier Gal connaît bien les artistes toulousains qui ont fait la Truskool. Il nous en raconte sa création et nous explique comment des copains passionnés par le tag, inspirés par le skate, la break dance et l’aura des premiers graffeurs new-yorkais ont créé un mouvement artistique respecté outre-Atlantique et reconnu à travers toute l’Europe, entre 1995 et 2002.

Copains d’enfance
Dans les années 1980, à l’avènement du Street art en France, les artistes contemporains urbains étaient considérés comme des vandales, taguant les murs et les trains de leurs pseudonymes, en quête de reconnaissance et d’un peu d’éternité. Blade, Dondi White, Seen, Futura 2000 ou encore Crash, sans parler de Mode2 ou Jon One, précurseurs du mouvement graffiti en France, n’évoquaient pas grand chose. A Toulouse, une poignée de graffeurs commençaient à faire parler d’elle et à colorer durablement les murs de la Ville rose, en s’inspirant des anciens. Fastoche, Looping, et Caramba, plus tard 2Pon et Déclic… viennent gonfler les rangs et font de certains quartiers leur QG. Rappeurs, danseurs, graffeurs se réunissent notamment à Arnaud Bernard autour du graffiti. Et le Crew (collectif artistique) Arnaud Bernard System (A.B.S) naît en 1989.
C’est l’époque des bandes rivales, rivales dans leur mode d’expression, car les « battles » que l’on voit déjà à New York où chaque Crew marque son territoire, passent par le Graff.
Ce livre – le premier à décrire la naissance de la Truskool – est une histoire de copains, devenue celle d’un mouvement qui a permis la reconnaissance du graff et de sa culture, avec 2pon, Der, Soune et Tilt comme chefs de file à partir de 1995. «Il y avait de nouveaux styles, il y avait de vieux styles…, dira 2Pon (la Truskool se différenciant de la New School en Europe, elle-même opposée à la Old School new yorkaise – ndlr). Nous on s’en foutait, la vraie école c’était celle qui prenait tout : la True School ! ». Alors étudiante en première année d’Arts Plastiques à l’Université du Mirail, Miss Van a aussi contribué à la naissance du mouvement. Sa relation avec Tilt pendant quelques années marquera une belle collaboration avec le groupe, rejoint par Fafi puis Mademoiselle Kat qui raconte, amusée : « Ça les a fait beaucoup rire lorsque nous sommes arrivées avec nos pinceaux et nos pots d’acrylique! Ils se demandaient ce qu’on allait bien pouvoir faire ».

Des fresques en plein centre-ville
Le récit nous replonge dans une époque où règnent la créativité et la subversion, à travers le « Wild style » chez les graffeurs. « Le Wild Style n’est pas un calque, ni de New York, ni de quoi que ce soit. C’est une effervescence qui vient de toi et de toi seul. Elle reste ton unique reflet, le secret de ton langage est à la base de tout. » (Extrait Zulu letter – 1988).
La Truskool dénote par sa capacité à peindre de nombreuses fresques au cœur même de la ville, à l’aide de fausses autorisations municipales. Olivier Gal met en perspective ce passage de l’ombre à la lumière, agrémenté d’images d’archives, de coupures de presse, de clichés inédits, tirés de collections personnelles. Pour le photographe ATN, qui suit le groupe de copains depuis quelques années, une fresque a marqué l’opinion et ancre véritablement la Truskool dans l’histoire du graffiti. « Le Mur de l’enfer a été un vrai déclencheur. À partir de là, tout le monde les a vraiment pris au sérieux. »
Début 1997, la Truskool s’installe dans les locaux d’E.T. Skate Shop (OKLA), boutique du centre-ville spécialisée dans la vente d’articles de skateboard et de snowboard. En échange d’un bureau et d’un ordinateur, les artistes prennent en charge la communication et la décoration de la boutique. Les publications s’enchaînent et avec elles, la reconnaissance.

Une scène ouverte sur le monde
Le succès de la Truskool tient en grande partie à son ouverture d’esprit, son refus des clivages et sa capacité à penser et taguer collectif, comme Tilt le souligne : « Il est clair que ce qui faisait la force de la Truskool, c’était de ne pas être à 100% associés ni à New York, ni aux crews de Paris, ni à la culture occitane. On était vraiment ouverts. On est peut-être le seul collectif européen à être rentré en contact avec autant de scènes différentes. »
Olivier Gal écrit : « C’est effectivement grâce à cette singularité que la Truskool devient en quelques années l’un des étendards du graffiti français. Les festivals auxquels participe le groupe sont de plus en plus prestigieux et sont autant d’occasions de voyager et d’accroitre sa notoriété. »
Bientôt, sous l’impulsion de Der, qui expérimente le dessin en 3D et se passionne pour les mangas japonais, et de Tilt, qui puise son inspiration auprès des auteurs de bande dessinée et de Fluide Glacial, la Truskool devient un mouvement planétaire. Des partenariats se mettent en place, et le crew connaît deux activités parallèles. Celle des commandes officielles et de la médiation culturelle avec leur association 2e degré et celle plus passionnante donc officieuse, de taguer encore et toujours, si possible de nuit. Alors que la loi Aillagon n’est même pas encore promulguée en faveur du mécénat culturel, la Truskool connaît ses premiers mécènes à Toulouse comme à l’étranger et collabore à Paris, New York ou Tokyo. Enrichi de belles anecdotes, le récit puise sa force dans la complicité que tisse Olivier Gal avec son lecteur. On aurait presque envie nous aussi, de faire partie de la bande.

Inspiré du Punk, du mouvement Dada comme de la culture Hip-Hop américaine, l’art de la rue s’est depuis forgée ses lettres de noblesse, couvrant désormais les murs des galeries d’art comme des plus grands musées internationaux. Il n’en reste pas moins un art instinctif autant qu’expressif et maîtrisé, miroir d’un monde où la langue est la même pour tous.


Maïa de Martrin

« Truskool. Une histoire du graffiti à Toulouse » – Editions Atlantica
Format : 17 x 24 cm
Prix : 22,90 € – 288 pages
Le 6 mai en librairie.


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