Économie & Entreprises

Anne-Marie de Couvreur, dirigeante performante et bienveillante

Dirigeante de Mediameeting, Anne-Marie de Couvreur est à la tête d’un Groupe de 135 salariés et vient de créer la Mediameeting School.

Ses salariées ne jurent que par elle. Anne-Marie de Couvreur, 49 ans et dirigeante de Mediameeting, PME toulousaine en pleine croissance depuis 10 ans, ne croit plus au hasard. Femme de tête et de poigne, crinière blonde couvrant ses épaules et santiags aux pieds, elle donne l’image d’une conquérante pour qui la bienveillance ne se décrète pas mais se travaille et rend clairement plus heureux. Elle nous l’explique à l’occasion d’une soirée Entreprendre au Féminin qu’elle animait récemment à La Cour des Consuls à Toulouse.

Anne-Marie de Couvreur, c’est l’histoire d’une femme visionnaire tombée dans les affaires par deux belles rencontres et un accident de vie qui a bouleversé son destin. Fille de fonctionnaires, née en Corrèze, elle travaille chez France Télécom comme Directrice communication en 1998 quand elle réalise que sa place n’est pas là. « Ce système ne correspondait ni à mes valeurs, ni à mes croyances, encore moins à ma philosophie de vie. » Le burn-out survient, sans crier gare, avec la dépression qui l’accompagne. Lente descente aux enfers et retour à la vie. Il fallait donc que cela change, quitte à taper un grand coup dans la fourmilière, pour exister et se réaliser soi, en pleine conscience. « J’ai démarré une psychanalyse et dessiné ce que pouvait être mon projet de vie. J’avais rencontré Frédéric Courtine et Jean-Louis Simonet qui travaillaient à Sud Radio, nous sommes devenus amis. Puis je suis revenue chez Orange et ça gazait pas trop… ». Alors quand son directeur lui propose un projet d’essaimage stratégique, elle envisage Mediameeting, premier opérateur français de radios d’entreprises, avec ses deux futurs associés. La machine se met en branle et ne va plus décélérer.
Issue de l’incubateur d’Orange et lauréate en 2003 avec le meilleur ROI attendu en cinq ans, Mediameeting voit le jour en 2004 et tient ses promesses. Depuis dix ans, l’entreprise qui compte aujourd’hui 135 salariés, voit sa croissance augmenter de 30 à 100% par an.
Le hasard n’est plus de mise. La performance elle, est bien là, pour une femme qui ne connaissait rien à l’entreprenariat et lutte dès le départ pour ne pas financiariser le groupe mais bien le financer. « Il y a tout un équilibre à trouver pour acquérir une philosophie des valeurs. Si l’on est pas performant, on a pas l’occasion d’être bienveillant. Je n’ai pas un tempérament modéré, je n’aime pas non plus faire les choses à moitié. » Alors entre une TPE et une grande entreprise, pour Anne-Marie de Couvreur, le choix n’a pas eu lieu. Il fallait progresser, être meilleure que les autres, rester humble et très disciplinée, quoi qu’il arrive. « Nous sommes à la tête d’une SSII, d’une agence de communication et d’une radio en même temps. Notre groupe est représenté dans 105 pays, en 10 langues avec 5 millions d’auditeurs chaque jour et un CA de 10 millions d’euros. Nous sommes rentrés dans un système très capitaliste et nous avons des devoirs envers nos salariés, nos équipes. La pression est très grande ».

Une dirigeante inspirante
Dans cette entreprise libérée où le « nous » prend toujours le pas sur le « je », Anne-Marie de Couvreur incarne la rêve américain, à la française. Elle précise clairement qu’il ne faut pas pour autant confondre l’empathie et la sympathie, que le travail reste le travail et que son exigence n’a pas de limite quand il s’agit de gommer toute médiocrité menaçante. La bienveillance ne peut arriver sans performance. « On travaille avec des gens avec lesquels on a envie de bosser. Nous avons des processus de recrutement coopératif. Et comment créer de la richesse, des valeurs, sans cultiver la différence ? Mon équipe est constituée de gens de ma génération comme de jeunes de la génération Y. Je suis très observatrice et me dois d’incarner en tant que dirigeante. Ne pas dire quarante mots mais plutôt vingt quand cela est possible, trouver la justesse en toute chose, avoir une vraie vision. Mes collaboratrices font ce qu’elles sont. Les compétences ont beau être importantes, c’est la personnalité qui fera la différence.
Le sujet de la création de valeurs est déterminant. Et pour cela, il est nécessaire de transformer en diffusant, avec la connaissance absolue de ce que l’ont dit et de ce auquel on croit. Il faut être inspiré pour pouvoir incarner. Je suis obligée d’être profondément inspirée et chaque jour davantage car si je n’avance plus, alors dans ce métier du digital et de l’innovation, je recule. La méditation m’a permis depuis deux ans de lutter contre le stress et de mieux réfléchir. » Trente minutes par jour, souvent le soir, quand ce n’est pas sous forme de pause minute en journée, Anne-Marie de Couvreur exerce la méditation par la pleine conscience, pour mieux rester ancrée, puiser au fond de soi et avancer avec la détermination qui la caractérise. Elle ne fume pas, ne boit pas, pratique beaucoup de sport, conduit sa moto tous les week-end et travaille énormément. « La gestion du temps est bien plus précieuse que l’argent. Le temps ne peut pas se rattraper. La méditation permet de hiérarchiser, de sélectionner et de prioriser. »
Alors pour gérer sa croissance et former ses managers, Anne-Marie de Couvreur a créé la Mediameeting School en 2015. Elle souhaite offrir à ses salariés les capacités de réfléchir à la mobilisation dans le changement, la fidélisation des clients, comprendre aussi ce qui les nourrit et les fait avancer, pour mieux trouver l’équilibre, entre performance et bienveillance.

Le parcours d’Anne-Marie de Couvreur reste encore exceptionnel pour de nombreuses entrepreneures. Elle est en tous cas la preuve que les dirigeants de demain peuvent être gestionnaires et visionnaires. Donc socialement responsables.

Maïa de Martrin

http://www.mediameeting.fr/


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