Génie pop et despote. Esthète et arbalète. Arrogant et acrobate. Tête de l’art et tronche désarmante. Idole et top nombril. A lui seul, Johan Cruyff était un oxymore multiple. Un enchantement balle au pied et une balle à se tirer dans le pied pour ses détracteurs. Le Néerlandais funambule et fumant clopes dans les vestiaires déjà à l’époque des Orange Mécaniques magnifiques des années 70-80, privés deux fois du titre mondial par la RFA panzer division et l’Argentine dictature de Videla, est dorénavant en ballon mort. A 68 ans, un cancer du poumon l’a explusé du terrain de la vie. Johan Cruyff était plus élégant que Pelé sur le terrain, plus alchimiste que Maradona, plus danseur étoile que Platini, plus fine lame que Cristiano Ronaldo, plus enjôleur que Messi. Plus que…mais sans, sans titre continental, juste les titres avec l’Ajax d’Amsterdam et les foot-rockeurs cheveux longs et flower power, Johan Neeskens, Rudy Krol, Arie Haan et consorts, shootés au » football total » de Rinus Michels puis de Stefan Kovacs. Puis, il y eut Barcelone où le prince batave a mis le roi d’Espagne à ses genoux. Barcelone, dont il prit les rênes pour faire d’un cheval moyen le cheval de course d’aujourd’hui.
UN FLORILEGE DU LANGAGE CRUYFFIEN
Et pourtant, Cruyff, la surestime de soi, mais qui l’atteint encore aujourd’hui, aura été l’oeil de lynx du foot, l’accélérateur de particules en cuir, le métronome avant-gardiste. Un autre. L’autre. Mais aussi le mauvais génial du Barça, avec ses yeux bleu perçants faisant faire silence à tout son parterre, qui aura été mal vu. Car dictatorial, cassant, un entraîneur sphnix des Blaugrana pour qui moult rêvaient de brûler les ailes de ses désirs. Mais Cruyff…
Cruyff élevé au rang d’icône, avec un phrasé imparable, implacable, faisant foi de propos d’Evangile, qui renvoyait au vestiaire de la crétinerie ses contradicteurs. Car Cruyff, l’éternel numéro 14, laissera dans les encyclopédies du football quelques phrases maître du contre-pied. Absurdes d’apparence mais géniales d’interprétation. Petit florilège.
La plus connue, « Chaque inconvénient a son avantage ». La plus salée, « Le plus difficile dans un match facile, c’est de faire mal jouer au football un adversaire mauvais ». La plus prétentieuse, « Avant de faire une erreur, je ne la fais pas ». La plus délire, « La solution qui semble la plus facile est toujours la plus facile ». Et malheureusement celle qui n’a plus lieu d’être basiquement, « D’une certaine façon, je suis sans doute immortel ».
Laurent Conreur
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