Gastronomie & Art de vivre

Quand Monsieur sort, Mademoiselle s’endort

Arnaud Chérubin, l’ange de la nuit douce, et Lucie Bonal, l’ange du matin câlin.

Quand Monsieur sort, Mademoiselle s’endort… Il est cinq heures Toulouse s’éveille. Monsieur est le capitaine de la place du Capitole. Et la place rose a des épines. Le café est dans les tasses, Matabiau n’est plus qu’une carcasse. Toulouse by night regagne les bus. La Compagnie attend ses compagnons. Il est cinq heures Toulouse s’éveille. Le traversin de Mademoiselle est écrasé. Les soeurs font des baguettes. La rue Saint-Rome a froid au pied, et le Roi Ubu va se coucher. Quand Monsieur rentre, Mademoiselle ouvre.

« SI TU GERES TES TROIS CERCLES, C’EST QUE TU AS FAIT TON JOB DEVANT LA SOCIETE ET L’ETERNEL »

Monsieur et Mademoiselle sont dans la cité…des anges: Arnaud Chérubin et Lucie Bonal. Palabres exquises entre la nuit et la journée. Entre pains et parasols. Entre envie et Envol. Avec des atterrisages après turbulences, avec un amour partagé pour leur Toulouse to Win. Car chacuns d’eux sont la ville et font la ville. »Les Soeurs Baguette. C’est une idée née il ya cinq ans de reprendre la boulangerie rue Perchepinte pour faire perdurer la tradition. Pour proposer aux habitants des baguettes de qualité, des gâteaux, des sandwichs dans un concept fun et gourmand. Mais aussi pour s’associer en famille, Je me suis associée avec Léa avant que Margaux nous rejoigne. Nous sommes ouverts de 5h à 19h30, et nous écoulons en moyenne 300 baguettes par jour. Il faut toujours être au top devant la clientèle quelles que soient les difficultés » confie Lucie Bonal, éveillant alors l’appétit d’Arnaud Chérubin: « Et les chouquettes. Les chouquettes, j’adore. Les chouquettes. Les Soeurs Baguette savent nous rendre heureux. Et pour moi, c’est mon leitmotiv depuis plus de 20 ans. Autant dans mon métier, je suis dans les affaires, mais je suis surtout dans le rapport humain. Mes associés sont mes amis. Je suis hyper heureux de les retrouver. Les clients aussi souvent des années après. Que ce soit au Carnaval, à l’Envol, à l’Ubu, et maintenant à la Compagnie Française, Les Ténors ou Café Chouchou, mon bonheur a toujours été de rendre les gens heureux. Je fonctionne à l’affect. Pour moi, si tu arrives à gérer ton premier cercle, la famille, le deuxième cercle, les amis, et le troisième cercle, le travail, c’est que tu as fait ton job devant la société et l’éternel. Tu es en paix avec toi-même ».

« JE N’AI PLUS LE MÊME REGARD SUR LA VIE »

Par les lueurs, nous sommes traversés par les lueurs. Par les lueurs, Lucie Bonal et Arnaud Chérubin ont été irrigués. Mais sur un chemin de pierres cendrées, ils ont aussi posé la main sur un mur de blessures. Et alors, comment être ramenés vers le bleu? Lucie Bonal casse la croûte de la pudeur:  » J’ai la ferme intention de garder les Soeurs Baguette, mais aussi de me consacrer à d’autres coups de coeurs. La vie est courte. Suite à un accident douloureux récemment, j’ai réalisé que je voulais davantage profiter des miens. Après quelques temps passés près de New-York à l’âge de 15 ans pour parfaire mon anglais, j’ai exercé plein de métiers différents en rentrant à Toulouse, avant de trouver les Soeurs Baguette. J’avais envie de partir à l’étranger. Aujourd’hui, tout est entrain de changer. Je voudrais rester près de ma famille. Ma motivation va vers les gens que j’aime et le temps que je prends pour faire des choses qui m’inspirent. J’aimerais voyager en Amérique du Sud, au Mexique, au Costa Rica, pour de courtes périodes et rapporter des objets qui me plaisent et réaliser des ventes éphémères à Toulouse dans des lieux insolites. J’adore chiner. La décoration, les voyages, les animaux, la mer, le soleil sont de vraies passions. Et puis, il y a Ibiza, un lieu à part pour moi,j’aime m’y ressourcer ».
A ses côtés, Arnaud Chérubin, DJ Gilbert Becaud, Monsieur 100.000 volts, coupe alors le son de l’ampli vertige. « Evidemment perdre la maman de ton enfant, cela te fait très vite tout relativiser. Je suis un individu dans l’émotion. Je pleure quand cela me touche ». Faire la saison dans les boîtes craniennes, la nuit sans mentir, c’est son oxygène. » Quand je n’ai pas la patate, 10 jours dans l’année, je ne sors pas, car je ferai alors passer un mauvais message à la clientèle, à mes associés et aux employés ».

« OU TU BOUGES AVEC TA VILLE, OU TU NE CRITIQUES PAS »

Nos deux lurons recouvrent alors gaieté. Et leurs palpitants tension-affectif pour Toulouse retrouvent sa place capitale. « Toulouse est ma ville, insiste Lucie, J’ai beau adorer New-York, je n’y vivrais jamais. A Toulouse, tu es très vite dépaysé. Les Pyrénées sont à deux heures, Marrakech idem en avion, Barcelone à quatre en voiture, Leucate à 1h30, l’Atlantique à un peu plus de deux heures. Toutce que j’aime est accessible. Mais aujourd’hui, je n’ai plus le même regard sur la vie, j’ai besoin de beaucoup moins pour être heureuse. Le bonheur dans la vie est d’être bien entouré ». Dans le tempo, Arnaud Chérubin reprend le refrain « Ô Toulouse, Haut Toulouse ». « En septembre-octobre en ouvrant le 6e étage des Galeries Lafayette, on va faire kiffer Toulouse ». Arnaud Chérubin dans le patrimoine toulousain? Il construit son histoire brique par brique rose. « Oui, laisser quelque chose pour la postérité à Toulouse, ce serait l’apothéose. D’autres le font chacun à son niveau. Toulouse, j’aime. J’aime Toulouse et cela ne changera jamais. Même si la nuit me fait flipper aujourd’hui. Avant quand on a monté le Carnaval, on m’a dit, tu vas dans le quartier des putes et des clodos. Certes, mais on pouvait encore se balader à pied la nuit. Aujourd’hui, il y a danger, la voyoucratie s’est installée. Ou parfois, elle est dépacée. Nous, dans les bars-restaurants et les clubs, on lutte contre l’alcoolisme. Mais malheureusement, la tolérance zéro n’existera jamais ». Conscient de cette inconstance, Arnaud Chérubin ne boude pourtant pas le plaisir de voir sa cité se bouger sur le dance-floor des réalisations: « Ce n’est pas parce l’on a eu la guinguette flottante l’été dernier et que l’on aura aussi l’été prochain, je ne peux que me réjouir du Grand Parc Garonne avec la mise en valeur du fleuve sur 37 km et je ne peux que souhaiter l’implantation d’autres guinguettes. Le commerce attire le commerce. Et je dis bien: ou tu bouges avec ta ville ou tu ne critiques pas ». Certains tomberont leur masque… Nos deux anges s’envolent alors vers leurs cieux de communions…Et demain encore, quand Monsieur sortira, Mademoiselle s’endormira.

Maïa de Martrin et Laurent Conreur


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