Sports & Loisirs

Le SU Agen recadré lors d’une percée à l’usine

Hier, le Canal Rugby Club présenté par la délicieuse Isabelle Ithurburu a présenté un reportage sur le SU Agen en immersion une journée en usines. Pour goûter à la vraie vie et resserrer les liens…et peut-être comprendre que pour se sauver de la descente, Agen devra aller à la mine et se retrousser les manches.

Alors que le rugby s’embourgeoise de plus en plus, que les clubs manient les zéros derrière les chiffres sur les chéquiers pour attirer les diamants sur un collier qui ne sied en rien au XV de France, que ce rugby pro français entretient et nourrit un cynisme de plus en plus glaçant en louant sa came humaine aux clubs, une formation a dégagé en touche sur le terrain des réalités. En retouches. En sortant de la mêlée des nouveaux nantis du sport, pour aller se plonger dans le monde le vrai, celui où le quidam en « chie » tous les jours pendant huit heures…pendant que ces messieurs se défoncent…et pas tous, 80 minutes le week-end. L’usine. La vraie vie, la pénible, la vie à la chaîne. Pour resserrer les liens et mesurer leur bonheur de peur qu’il ne se sauve de l’élite, les joueurs du SUA Agen, derniers du Top 14, ont passé une journée…normale dans trois entreprises des environs de la préfecture lot-et-garonnaise, Pour ne plus plaquer de la viande, mais pour faire de la manutention. Tôt le matin chez Meriq Innovations pour aller taquiner du poisson, le vider, le mettre en caissette. Puis chez UPSA, l’usine de produits pharmaceutiques pour décharger la matière, et enfin au Château Le Stelsia pour former la brigade de cuisine du chef Michel Vico.

« LA VRAIE VIE, C’EST LA LEUR »

« On ne se rend pas compte des gens qui se lèvent tous les matins à 6 heures », glisse, en rentrant ses muscles, le pilier Arsène Nnomo, avant d’aller découper le poisson. Hier, le Canal Rugby Club mené de main délicate de maîtresse par Isabelle Ithurburu, la caution star charme d’ovalie, a mis en lumière une journée ordinaire de rugbymen ne vivant d’habitude qu’une forme d’extraordinaire. Philippe Sella, l’incomparable centre et ailier de l’histoire de France ovale, aujourd’hui directeur sportif du club agenais, cadrait sans déborder sur les raisons de cette journée particulière: « Cette journée a permis d’amener un complément d’âme avec le travail à la chaîne. alors que nous les rugbymen, nous vivons dans un univers joyeux. Un monde où nous vivons tous les jours, depuis tout petit, notre passion ». Marc Giuraud, le grand et rude troisième ligne agenais, se faisait tout petit devant les faits et gestes répétés et monocordes: « Notre vie, ce n’est pas la vraie vie. La vraie vie, c’est la leur. »
Nul ne sait si ce voyage dans le monde ordinaire permettra aux Agenais de réaliser l’extraordinaire de se sauver de la descente en Pro D2, mais force est de reconnaître que ces gentilles brutes ont compris que travailler la matière brute mérite bien des égards. Autant sinon plus que les applaudissements qu’ils reçoivent de leurs supporteurs. Bien souvent des gens qui travaillent à l’usine et se défoncent pour pouvoir se payer une place à Armandie et ailleurs en terre de rugby. Les Agenais vont-ils se retrousser les manches comme ceux qu’ils ont côtoyés lors de cette pérégrination particulière?

Laurent Conreur


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