Gastronomie & Art de vivre

Noël: le symbolisme du don et du contre-don des cadeaux

"Le Père Noël est une ordure": "Oh ! Une serpillière ! C’est formidable Thérèse, je suis ravi." Comme quoi le remerciement peut devenir une épreuve, un défi, une challenge parfois rebutant.

Alors, c’est ce soir. L’euphorie du paquet, la surprise du paquet dans le paquet, façon poupées russes. Le grand débalage, l’épreuve de la nuit du 24 au 25 décembre, qui parfois, s’achève par la déception, la gueule quoi. La tronche à l’envers du receveur, et la mine déconfite du donneur. Mais au fait, c’est quoi un cadeau, et ce même dans la symbolique de Noël, apogée du détournement de la fête religieuse vautrée dans le consumérisme absolu. Un cadeau, c’est un don. Et dans toute logique humaine, le don appelle un contre-don. Noël en est l’exemple parfait. C’est un cercle vertueux (…): celui qui reçoit, offre, et vice versa. Et, c’est justement quand on ne fait pas de présent à celui qui vous couvre de cadeaux, qu’un jour ce dernier cessera d’opérer, se disant, « Tu as vu ce salopard, il prend mais ne donne rien. » Donner. Un don donc, et un contre-don attendu d’évidence. Et avec le don et le contre-don, toute la batterie des remerciements, avec des déclinaisons diverses et variées: simples, normales, forcées, voire hypocrites et faux-cul. N’est-ce pas Thierry Lhermitte dans le mythique « Père Noël est une ordure »: « Oh ! Une serpillière ! C’est formidable Thérèse, je suis ravi ». Comme quoi le remerciement peut devenir une épreuve, un défi, une challenge parfois rebutant. Car le remerciement franc s’accompagne de plaisir.

LE CADEAU EST UN CONTRAT MORAL ET SOCIAL

Le cadeau, c’est un don et un contre-don, autrement dit un lien, le maillon d’une chaîne d’amitié, d’amour, d’empathie ou d’affection. Sous le papier, le ruban, et le carton, se dissimulent finalement un contrat social et un contrat moral qui découlent du caractère réciproque des cadeaux. Un contrat social qui peut aller jusqu’au dépassement de soi pour celui qui s’est torturé la tête pour dénicher le cadeau des cadeaux. Mais gare car le receveur peut alors imposer une hyper exigence. Et là encore, est-ce que le don d’un cadeau hautement idéalisé sera rendu à même niveau au donneur considéré comme génial? Ici, aussi, on en arrive à une phase conflictuelle. Comme quoi, avoir humaniser la fête de Noël en la matérialisant est tout simplement nocif. Toute son innocence et son plaisir enfantin ont disparu dans les cieux de l’exigence, des sourires et des remerciements. Ce soir, nombreux vont croire que l’autre aura fait l’impossible, voire l’improbable, avec au final son lot de grimaces et de merci.
Finalement, il vaut mieux croire au Père Noël, car avec lui, il n’y a personne à remercier, personne à critiquer. Et surtout, il n’y a pas ce jeu du don et du contre-don, car le Père Noël ne reçoit jamais de cadeaux. Comme d’autres ce soir qui seront aussi des Père Noël, pour qui le contre-don n’a plus aucune raison d’être.

Laurent Conreur


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