Alors que la campagne des élections régionales bat son plein, – à demi-vide à vrai dire, car la population ne se rue pas dans le débat politique- , avant le premier tour de dimanche, en parallèle, se joue une autre bataille: l’avenir de Montpellier par rapport à Toulouse. Reléguée au second rang derrière la Ville rose, avec la fusion des deux régions, Montpellier subit un coup dans le rétro, presque un flash-back vers l’Ancien Régime, l’enterrement d’une somme de travaux de plus de 30 ans, conduits notamment par le solide et déterminé Gorges Frêche. Car pour rester debout entre Toulouse et Marseille dans la géographie politique, économique, industrielle et culturelle du Grand Sud, Montpellier a dû batailler ferme pour acquérir une notoriété certaine. Mais face à la quatrième ville de France, la capitale héraultaise cédera à Toulouse à partir du mois de janvier le siège de ce grand conseil régional et la préfecture de région. Un uppercut au menton de son prestige. Certes, il est acquis que Montpellier hébergera cinq des onze directions régionales, à savoir la culture, la jeunesse et les sports, le rectorat, la chambre des comptes et l’ARS, mais Montpellier, la dernière séductrice, ralliera-t-elle encore à son panache languedocien les investisseurs, les business men, les pointures et les étudiants? Autrement dit Toulouse va-t-elle faire de l’ombre à Montpellier, lui faire vivre un ressac de sa gloire méditerranéenne?
NICOLIN LE SEVERE REFRACTAIRE
A écouter certains, et non des moindres, on risque de vivre une forme de « Je t’aime, moi non plus ». Loulou Nicollin, le président de Montpellier football, avec sa gouaille et son culot, qui pèse, au propre comme au figuré, balance sévère: « Cette fusion est débile. Je ne nous vois pas être commandés par Toulouse. » Entre Lez et Garonne, cela risque de férailler dur. Surtout si déjà assurée de son leadership,la cité de Jean-Luc Moudenc obtient le feu vert pour la LGV Toulouse-Bordeaux laissant au feu rouge la ligne Montpellier-Espagne. Si l’Oncopole, centre numéro 1 en Europe contre la cancer, prend de plus en plus d’envergure…surtout qu’à Montpellier, la médecine a la même puissance que l’aéronautique et le spatial dans la Ville de Nougaro. Si Toulouse, capitale d’ovalie, reçoit l’aval pour abriter le futur grand stade du rugby français, pour damer le pion aux Parisiens…
MOUDENC ET SAUREL, LES POMPIERS
Si l’on perçoit bien que certains mettent de l’huile sur le feu de cette fusion, deux hommes jouent les pompiers: les deux maires, Philippe Saurel et Jean-Luc Moudenc. Le maire de Montpellier, en campagne régionale comme tête de liste « Citoyens du midi », garantit de la collaboration entre les deux villes: « Jean-Luc Moudenc et moi, nous avons signé un pacte de non agression et assurons de travailler en complémentarité. Faisons plus connaissance et imaginons des mutualisations, dans la culture notamment. Toulouse a besoin de Montpellier pour ses high-tech, son art de vivre, et son tourisme », et d’ajouter toutefois contrarié, « Cette réforme territoriale a été faite à la-va-comme-je-te-pousse. J’ai toujours dit qu’on était plus forts à deux que seul. Mais on aurait pu faire plus simple, en reprenant l’idée de Sarkozy des conseillers régionaux qui siègent à la fois dans les départements et la région. Cette réforme ne produira aucune économie. »
Du côté de Jean-Luc Moudenc, le discours est modéré et fédérateur: « Montpellier ne sera pas dépouillée par Toulouse. Avec Philippe Saurel dès l’été 2014, nous avons posé les jalons d’une coopération mutuelle. Cette nouvelle région est assez vaste pour que les deux métropoles gardent leur place. Nous devons avoir un partenariat gagnant-gagnant. Avec Philippe Saurel, nous sommes différents mais nous nous retrouvons sur le fond. »
Nous espérons que ces relations prennent formes. Les bonnes formes.
Laurent Conreur
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