Ito Dubois et ses grands formats balade dans le cosmos. L’artiste toulousain du courant expressionnisme abstrait à la technique du dripping, rappelle un peu Jason Pollock avec de l’énergie à repeindre.
Il porterait très bien la combinaison spatiale, cette houppelande de technologie autant datée que la défunte URSS. Reste qu’il arbore le look punk dandy, dérivé de l’inspiration sans contrefaçon Hedi Slimane. Et ainsi, rebelle en col blanc, il se verrait bien propulsé en vrai et à l’énergie dans le cosmos, dans son ciel de peinture, où il ambitionnerait de conquérir des étoiles pour ses toiles. Ito Dubois vit son conte pictural dans un espace aussi vaste que les steppes du Kazakstan. Depuis plus de six mois, il est sur orbite en position géo-imaginaire dans la station spéciale art contemporain. Cette peinture pour laquelle il a mis les doigts dans les pots depuis l’âge de 14 ans, grâce à une amie aujourd’hui styliste dans la maroquinerie. Mais avant de vraiment se nourrir de cette confiture artistique, ses parents médecins lui ont tapé sur les doigts avec ce sermon serment: « Passe un diplôme d’abord et la peinture on verra après ». « En effet, souscrit Ito Dubois, j’ai fait droit, et mes parents m’ont obligé à avoir ma licence. Mais en parrallèle, je continuais à m’éduquer à l’art. Je reconnais aujourd’hui que mes parents ont eu raison, car personne ne peut savoir si l’art peut être viable. Aujourd’hui, ils sont assez fiers de moi. Tous les deux m’ont d’ailleurs acheté une toile. Ils m’ont mis un grand espace à disposition, car j’ai besoin de grands espaces pour travailler. Je peins au sol, je fais tout au sol, et comme je travaille beaucoup pour des grands formats. Il me faut de la place. Quand je sèche au sol, je ne peux pas entamer une autre toile ».
« LES ETUDES M’ONT CONSTRUIT ET LA MUSIQUE ELECTRO M’INSPIRE »
« Ce passe ta licence d’abord » a, qui plus est, été à toute fin utile. Surtout pour un artiste qui a de l’énergie à « repeindre ». Pour que les plus belles de ses folies soient raisonnées. « C’est vrai que les études m’ont construit. Mon entourage d’amis aussi, il m’a encouragé. J’ai commencé à vendre, l’accumulation a fait le reste en me poussant à en faire mon métier ». En tête à tête avec sa passion, à lui alors d’imposer sa singularité, à lui de monter haut et de se régaler du lâcher-tout de l’apesanteur. Dans le binôme réflexion-explosion, son moteur à réactions, avec musique électro pour compagnon d’inspiration. « Je passe par le biais de la réflexion. Je suis un autodidacte. La musique électro m’aide dans mes recherches. Ensuite, ma tête imagine le tableau et ma main obéit comme un instrument à mes sensations. Je suis en permanence dans l’énergie, je mets de l’explosion dans mes tableaux. Il faut donc être bien structuré ».
« CONTRAIREMENT A POLLOCK, JE PROJETTE MA PEINTURE »
Il est vrai que ce fan de Combas, de Basquiat, de JonOne qui surpasse les lois fixées par le graffiti, et surtout de Pollock, met du punch dans sa punchline picturale. Lui qui suit vent debout le courant expressionniste abstrait avec la technique du dripping: « Contrairement à Pollock dont je suis fan, je ne laisse pas couler la peinture avec des traits longs, je projette ma peinture avec énergie ». La sensation ressentie épouse la même inflexion que celle de l’artiste américain à l’influence déterminante sur l’art contemporain. Ito Dubois a une douce violence dans l’expression, une fascination dans le détail, sans superficialité. Ces toiles, et notamment ses grands formats, 2,80m x 1,50 m ou 3m x 1,10 m, forment un mur dans une paisible, contenue et agréable expression. Pour une ballade interstellaire, les pieds accrochés au sol et le nez dans les étoiles avec un arc-en-ciel de couleurs dans les orbites de ses admirateurs. « Je peins sur des toiles en coton et synthétique, mais aussi sur du lin, car le lin remonte les couleurs. Des clients me demandent aussi des petits formats. Ensuite, j’ai aussi des commandes comme des têtes de mort. Ou encore des travaux conséquents comme ces derniers pour le salon des arts contemporains et de l’artisanat au parc des Expos de Toulouse. J’ai produit 9 tableaux en un mois. Du travail 16 heures sur 24. »
Ito Dubois a pris le bon pas sur le chemin de l’art contemporain, s’est mis à l’équerre de ses convictions et sait qu’il a maintenant des traits à tirer dans le sens energy painting qu’il a choisi. « Je vais continuer à développer mon art en faisant un point d’honneur à rester à Toulouse, même si les derniers bons échos vont peut-être me pousser à sonder le marché parisien ».
Pour sortir un temps de cette mise en orbit-art, l’artiste toulousain enfourche sa moto pour une « Grande évasion » en mode Steve Mc Queen, se penche sur la mode haute-couture en Dior attitude ou va expurger son reste d’énergie dans les salles de sports. Il faut avouer qu’il a de l’énergie…à « repeindre ».
Laurent Conreur
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