Ne lui parlez pas de sa part mystique, cet adjectif la rend rétive. Comme une chatte sur un toit brûlant, elle retombe sur ses pattes, sans pour autant vous asséner un coup de griffe. Quoi que, il ne faudrait trop lui caresser la peau à rebrousse-poil de ses convictions. Emma, seul le prénom, comme Arletty, « Gueule d’atmosphère », comme Shéhérazade l’ingénieuse délestée de la danse du ventre et du thé à la menthe, comme Dalida, « Des mots, toujours des mots. Parole, parole… ». Comme elles, elle a fait de son art de vivre sa vie son art de la vie, avec crédits et débits, avec flagrance et fracas. Rebelle pour sa cause, mais pas à cause d’elle. Mais qui est Emma? Une des « Amazones » guerrières fantasmes de la gent masculine, une marquise de Merteuil héroïne des « Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos. Non pas réellement, ou peut-être un peu. Elle serait plus la lampe de l’être Aladin. Une boussole dans un monde qui s’affole. Avec un don dis donc. « Comme ma grand-mère de qui j’ai hérité du don de voyance. J’ai développé la voyance dans le conflit et la souffrance. Vers 10-11 ans, je répondais à des situations qui me paraissaient d’évidence, notamment pour des copines en situation de dangers ou pour des adultes pas bien dans leurs têtes ou dans leurs corps. » Une épaule bipôle, frêle car peu ossifiée aux us adultes, et suffisamment gainée pour supporter les vicissitudes. « Je me suis adultifiée très jeune. J’aurais aimé avoir eu une part d’adolescence, je rêvais d’avoir une part d’inconscience comme les ados de mon âge. Je n’ai jamais pensé toutefois faire un métier de la voyance, comme je ne le considère pas comme un métier encore aujourd’hui. La voyance ne me fait pas gagner ma vie. » Choc du passé ou pensée du futur? Emma, pour ne pas s’habiller de cet héritage de sa grand-mère, était-elle ligotée à des déterminismes? « Attachée au fardeau des charlatans voyants que ma mère a rencontrés. J’en ai été prisonnière. Tout comme mon frère qui voulait être menuisier, ma mère lui en a empêché car une voyante lui avait dit que le bois portait malheur. »
« JE NE VOULAIS PAS ENTENDRE LE NOM DE MEDIUM »
Alors, Emma a filtré l’air du temps avec le tamis de son libre arbitre, exhumant peu à peu la boue de ses souvenirs. Plus elle allait avancer, plus elle allait se mettre en scène, en écrivant ses scenarii. « Je suis une autodidacte. J’ai d’abord commencé à avoir des commerces à Toulouse, notamment dans la restauration. Et quand je le sentais, j’exerçais la voyance pour des gens avec qui il y avait une vraie connection. A la trentaine, je n’étais toutefois toujours pas libérée du poids de ma mère. Quand j’ai eu l’institut de beauté à Toulouse, je ne voulais pas entendre le nom de médium. Même si dans l’intimité, je savais que je touchais le corps et l’âme de mes clients. J’ai alors fait une formation de gestalt-thérapie. une des thérapies psycho-corporelles qui aide à avoir une vision globale de soi-même pour mieux comprendre comment on fonctionne ».
Aujourd’hui, ses yeux pétillent en eau claire, plus soumis au contre-courant du passif maternel. « Ce n’est vraiment qu’à 40 ans avec l’auto hypnose que j’ai pu m’en détacher. J’ai beaucoup plus de recul. J’ai pu emmagasiner la force, l’énergie et la sagesse. Aujourd’hui, je me sens armée quand je pratique la voyance. Quand je le fais, je sais que je suis prête. Je suis également tout à fait capable de m’en détacher ». Détachée et attachante, Emma s’est aussi attachée à un autre lieu d’attraits: Genève en Suisse, où elle exerce dans son institut de beauté. Libre de l’effet de son reflet. « En Suisse, on a vraiment découvert qui j’étais. Et j’ai pu ainsi mieux me découvrir. Et surtout en Suisse, la thérapie psycho-corporelle est reconnue, c’est même normal. Des organismes remboursent les médecines complémentaires. 67% de la population a voté pour que ce type de soins soit pris en compte par les autorités. J’avoue qu’à Genève, j’ai trouvé mon territoire d’expression. Pour preuve, dans mon institut de beauté, je pratique aussi du coaching de vie. »
Dorénavant, Emma écrit un peu son début, comme si son temps n’avait jamais été linéaire. Et quand le monde et sa sinistre réalité la rattrapent avec sa fourche saillante, elle avoue qu’elle ne peut pas voir aussi loin qu’un médium s’imagine discerner. « Alors, je me reclus dans des lieux de culte, même si je suis athée, mais toutefois croyante ». Comme si un aveugle pouvait toutefois voir. Avec ce don dis donc. Tout en beauté aussi…
Laurent Conreur
META AREA /META AREA
