Insolite

Claudine Estève, elle mérite qu’on a la « Joncondise » au Louvre de la reconnaissance

Claudine (à droite), a été 25 ans durant trésorière de la Fédération des Syndicats de la Distribution Automobile. Ici lors du congrès régional le 13 septembre 1989 dans l'Aude.

Claudine Estève voulait être médecin, en vain. Puis a réussi l’Ecole Normale, puis obtenu un diplôme de secrétaire pour ouvrer 40 ans le milieu de la pièce auto. Sans occulter 25 ans de bénévolat, et ce n’est pas fini. Une femme ordinaire juste extraordinaire qui mérite d’être « Jocondisée » au Louvre de la reconnaissance.

D’époque en époque, résiste la souplesse énergique de sa silhouette qui défie tout âge légal. D’ailleurs, elle n’a pas d’âge, parce qu’elle a quelque chose d’un personnage mythe. Qui traverse le temps s’en s’arrêter au firmament des unes des médias. Elle pourrait pourtant, tant on sublime des bimbos emperlousées ou des nunuches sans âme, qui ne mériteraient pas une ligne dans les journaux. Mais qui ont…juste le temps d’un buzz le privilège de la consécration. Elle, elle a le temps d’être en ayant toujours été. Elle, elle conjugue au présent de l’actif le passé de son activité. Elle, son nom, sauf pour les siens, et ses amis, ne vous dira peut-être rien. Vous passeriez devant sans vous y arrêter, et pourtant elle mérite qu’on s’y arrête. Et qu’on a la « Jocondise » au Louvre de la reconnaissance.
Elle, elle se nomme Claudine Estève. Une femme ordinaire mais extraordinaire. Une femme qui a cravaché mais aussi caressé sa vie comme un peintre fauve écrase les couleurs au couteau sur sa toile. Une trace, une marque, pour figer une existence.
Toulousaine de sang, née d’un papa ariégeois et d’une maman gersoise, née Bascans, elle pousse ses premiers cris du coeur rue Alfred Dumesril. Puis entame sa scolarité à dans la Ville rose pour faire fleurir sa sève d’intelligence. Mais aussi son arbre de sensibilité. « Je voulais faire médecine. A cette époque de l’occupation allemande, mes parents ont caché une famille juive. Je revois aujourd’hui leur fille qui a fait deux ans dans les camps d’Auchwitz, Marie Rafalowitch. Mais c’est une autre dame juive qui a marqué ma jeunesse. Mademoiselle Roseinstein, qui n’avait pas d’enfant, et qui voulait m’adopter, même si bien sûr, j’avais mes parents. Elle avait dit: je prends Claudine pour qu’elle puisse faire ses études de médecine. Malheureusement, chassée par la gestapo, elle a dû se cacher dans un monastère. Elle est décédée et je ne l’ai jamais revue. Pour moi, la médecine s’est achevée ainsi. »

« LA MEDECINE, MA VRAIE PASSION »
Claudine Estève ne range pas pour autant ses envies estudiantines, persiste et signe pour l’Ecole Normale: « J’ai fait l’Ecole Normale à Ajaccio car papa a été muté à Propriano. Mais Papa a dû rentrer à Toulouse, et la famille avec. » Et là encore, son parcours prend une autre route: « De retour à Toulouse dans les années 60, je suis rentrée dans l’ecole de secrétariat. En un an, car j’avais des équivalences, j’ai eu mon diplôme de secrétaire comptable sténo-dactylo. Il fallait que je travaille car nous étions pauvres. Grâce à une cousine à papa mariée à un grand ferrailleur, route d’Albi, qui était associé à un propriétaire d’un magasin de pièces auto, la CASO, le Comptoir Accessoires Sud-Ouest, un magasin de pièces autos toutes marques, j’ai eu le poste de secrétaire. Place des Pétinents blancs à Toulouse puis rue des Sept Troubadours. Au magasin,je faisais le secrétariat, la caisse, je chiffrais tous les bons de livraison, mais aussi la comptabilité quotidienne et mensuelle, mais aussi le téléphone et le courrier. Soit 54 heures par semaine. »

40 ANS DANS LE MILIEU DES PIECES AUTOMOBILES
La politique de l’effort à son apogée. A s’échigner sans rechigner. Claudine Estève, « woman power », qui ne s’use jamais même si l’on s’en sert. Elle poursuit le conte de faits de sa trajectoire: « Je suis restée 20 ans à la CASO. Lors de cette période, une aventure familiale m’a conduite vers une aventure professionnelle. Nous avons créé la PAPA, Pièces Accessoires pour Automobiles. Si j’avais un oeil sur cette entreprise, j’ai toutefois poursuivi mon métier en solo, toujours dans la pièce auto, chez Figa d’abord route de Fronton, puis chez Turbo où se trouve aujourd’hui Auchan à Toulouse. » Au final 40 ans de vie professionnelle compteur bloqué dans le milieu auto. 40 ans sans freiner son énergie. Avec en conduite parallèle sur une autre route, 25 ans au volant de trésorière de la FEDA Midi-Pyrénées, la Fédération des Syndicats de la Distribution Automobile. « On m’a fêté mes 25 ans de bénévolat vendredi dernier à Auch. On m’a remis la médaille d’argent pour bons et loyaux services. » Mérité en effet. Mérité, car quoi qu’elle ait entrepris dans sa vie estudiantine ou dans son destin professionnel, Claudine Estève a marché au super du don de soi pour les autres. « Médecine, c’était pour soigner les autres. L’Ecole Normale, c’était pour transmettre aux autres. Dans le milieu auto, c’était pour mieux servir les autres. »

UNE CLAUDINE ESTEVE NE PEUT EN CACHER UNE AUTRE
Y a-t-il une autre Claudine Estève hors la scène du travail? Non, une Claudine Estève ne peut en cacher une autre. « Non, je n’ai jamais cessé de travailler. Je me suis mise au travail pour exister  » dit-elle avec sa pudeur caractéristique. Dans le bénévolat, elle perpétue ce paradigme: donner est un art qu’elle donne sans retenue. Le philosophe américain Ralph Waldo Emerson avait cette phrase qui colle à la peau de drôle de dame de Claudine Estève: « Le don de soi est ce que l’on peut offrir de plus grand. » Son militantisme politique se fait sans flemme. Elle court, elle trie, elle range, elle exerce tout ce que l’on lui demande. Au nom de la France. Au nom des valeurs républicaines: le partage, la justice, le respect et la tolérance. Les valeurs socles de son Toulouse. Qu’elle conjugue au plus que parfait. Comme elle se repose, sans repos, sauf quand elle écoute Mozart ou Verdi ou se pâme devant une toile de Van Gogh, sur des propos de Clémenceau, « Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait. » Ou sur ceux du philosophe greco-latin néo-platonique, Plotin, « L’intelligence, c’est la pensée qui se détourne des choses inférieures pour élever l’âme vers ce qui a de supérieur. »
Le supérieur, elle l’a atteint. Et sans esprit supérieur, de conseiller à la jeunesse, foi de son expérience unique, 40 ans de travail, 25 ans de bénévolat et ce n’est pas fini, « d’être déterminé, sincère et vigilent. » C’est pour cela qu’elle mérite d’être « Jocondisée » au Louvre de la reconnaissance.

Laurent Conreur


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