Culture

Christel Delrieu Petraud, « Kitou », les couleurs en l’âme de fonds

Christel Delrieu Petraud, "Kikou", artiste peintre, a choisi la couleur pour panser les bleus de la vie. Du corps à cris aux cris du corps.

toiletoile2Sa blondeur pâle et rétive se coule dans les couleurs de ses toiles. Comme une perfusion pour réanimer son corps et son âme. Blessée, elle ne s’essaie jamais en plaintive. Elle prèfère attaquer pinceau-sabre au clair. Loin des obscurs de ses débuts. Le noir sur le blanc, un noir morose sur un blanc livide. Pas dans le ton du positif négatif comme les photos de son papa photographe, son idole et son maître, l’homme qui a habillé son fantastique de nu, de pin-up et de sexe suggestion, façon Jean-Lou Sieff ou Helmut Newton. « Le monde de mon père me fascinait. Je l’observais avec délectation, tout en me sentant jamais à sa hauteur. A 11 ans, ma main s’est aventurée sur le papier. Quand 4 ans plus tard, il est décédé, ma rage et ma colère m’ont fait prendre la toile. Avec des peintures morbides et obscures, comme un exutoire à la douleur. » Christel Delrieu Petraud, intronisée Kitou dans la sphère artistique, n’en avait pas fini avec l’assassinat mental. La mauvaise rencontre, le mauvais moment. La pente dure, alors qu’elle est si douce. Un outrage aux bonnes valeurs. « Ma reponse à cette offense extrême est enragée. J’avais besoin de couleurs pour m’évader. Le noir et le blanc, je l’adore, mais chez les autres, comme dans les photos de mon père. Le noir, chez moi, il est banni. Les couleurs, j’en mangerais. Les couleurs pour moi, c’est vital. C’est le baume aux bleus de mon corps et de mon âme. »

DU CORPS A CRIS AUX CRIS DU CORPS
Christel s’inscrit dans cette veine des artistes introspectives. De celles qui donnent à penser même quand elle évacue un sujet ou qu’elle refuse d’argumenter alors qu’elle possède l’esprit délié des raisonneuses modérées. De celle qui peint même quand elle ne peint pas. Car dans la peinture, elle se dépeint. Avec une évidence désincarnée, doublée de ses dépendances comportementales, « La peinture fait partie de moi, de mon intimité. Au-delà d’un mode d’expression c’est avant tout un espace d’expérimentation infinie. Je vis ma peinture comme l’écriture d’une sensation, la couleur en est l’émotion, la ligne une pensée. »
Christel est entrée en dissidence par rapport au corps: « Le corps pour peindre, c’est un prétexte. Je me libère par rapport au corps avec un peu de provocation. » Et se justifie en citant Matisse: « La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin, est une libération. »
Femme libérée, elle l’est dans l’expression du détachement de ses carcans. Dans ses peintures figuratives ou abstraites. Moins dans ses commandes, et c’est logique: « Je suis dans la production depuis deux ans. 20% de mes toiles sont aujourd’hui des commandes.  »
Dorénavant, « Kitou », ex-demoiselle en déshérence, néo artiste en transhumance, incarne, avec ses couleurs, la pommade de jouvence. Du corps à cris aux cris du corps.

Expositions
Jusqu’au 24 juillet à la chapelle du Séminaire à Moissac
Du 11 septembre au 11 octobre, Artelier à Tarbes
Du 16 au 23 novembre, Artiempo, rue de la Colombette à Toulouse
Art Toulouse en mars 2016
Art Shopping Paris en mai 2016

Laurent Conreur


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