Le soufflet est déjà complètement retombé mais alors ce fut quelque-chose. Ces dernières semaines, alors que l’UMP s’apprêtait à changer de nom pour s’appeler désormais Les Républicains, que n’a-t-on pas lu et entendu sur ce sujet? Des recours en justice, des tribunes dans les journaux, des cris d’orfraie, des indignations. On se scandalise pour pas grand-chose en France. Il faut dire qu’on aime bien ça la polémique, les pinaillages, les poses de vierges effarouchées. Râler aussi. Un sport national. Plutôt deux fois qu’une. « Treize à la douzaine », comme l’on dit. Alors donc, il y aurait des termes que l’UMP ne pourrait pas employer. C’est drôle ça, de vouloir interdire l’emploi de certains mots. Hitler, Lénine et Mao n’auraient pas rêvé mieux. «La désolante récupération d’une notion phare de la nation » titrait récemment le professeur de sciences politiques Jacques de Maillard dans Le Monde. Ah bon? On a dû rater un épisode. « Récupérer une notion » ? Voilà qui ne doit pas être simple. Ce n’est pas comme des clefs de voiture. Des notions, en manier encore, en évoquer, en développer, pourquoi pas. Mais en « récupérer », autrement dit en priver d’usage les autres, alors là, chapeau ! Il est à craindre que Monsieur de Maillard prête à l’UMP (aux Républicains pardon) et à Nicolas Sarkozy des pouvoirs qu’ils n’ont pas.
Parce que je le vaux bien
On s’est outré, on s’est pincé le nez. Mais comment ? Mais voyons ? Mais de quel droit ? Grotesque. Comme souvent. La politique est à l’agonie, l’incurie quasi-totale, et voilà quels types de débats nous animent. On n’est pas sorti de l’ornière… Autre signe révélateur de l’état de putréfaction de la politique en France : la sortie ahurissante de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti Socialiste lors du congrès de la formation qui s’est tenu ce week-end à Poitiers. « Je me dis que si jamais le PS venait à disparaître, la République perdrait sa meilleure défense. Je crois que sans ce parti, la France perdrait plus qu’un parti, elle perdrait en humanité et les Français perdraient en espoir », a-t-il ainsi déclaré. Trait d’humour ? Accès de démence ? Non. Comme toujours au Parti Socialiste, c’est plutôt l’orgueil démesuré, l’autosatisfaction permanente, un sentiment de supériorité capable d’éventrer tous les plafonds qui fournit l’explication.
« La République perdrait sa meilleure défense » ose dire celui qui fut condamné en 2000 à 5 mois de prison avec sursis pour « abus de biens sociaux » dans l’affaire d’une société gestionnaire de foyers pour travailleurs immigrés, puis à nouveau à 6 mois de prison avec sursis en 2006 pour « recel d’abus de confiance » dans l’affaire de la MNEF, en compagnie d’un autre monstre de vertu : Dominique Strauss-Kahn. Tous ces gens trop fiers d’être eux-mêmes ne sont pas à la hauteur d’un pays qui existe depuis Clovis. « Les Français perdraient en espoir », l’autre… Sans vouloir le contrarier, on a plutôt l’impression que la disparition du PS est justement l’un des espoirs les mieux partagés par les Français.
Jérôme Dutoit
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