Il fallait être un peu naïf pour s’imaginer que les exécutifs et les assemblées des régions appelées à fusionner allaient immédiatement trouver un terrain d’entente. Alors que la réforme territoriale doit théoriquement entrer en vigueur au 1er janvier prochain, les négociations autour de la répartition des pouvoirs entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon fait depuis quelques semaines l’objet d’une sorte de « crise diplomatique. » En effet, avec la nomination en conseil des ministres de Pascal Mailhos, le préfet de Midi-Pyrénées, au titre de « préfet préfigurateur » (c’est à dire chargé d’organiser concrètement la fusion), ainsi que celle d’Hélène Bernard, la rectrice de l’académie de Toulouse, comme « rectrice coordonnatrice » entre l’académie de Toulouse et de Montpellier, les élus languedociens ont eu, à juste titre, le sentiment d’être un peu pris pour des imbéciles.
Culture Frêche
A ces deux nominations il faut encore ajouter que Toulouse est largement pressentie pour devenir la future capitale régionale. Bref, pour crisper le conseil régional de Languedoc-Roussillon mais aussi la métropole de Montpellier, on ne pouvait pas mieux s’y prendre. Le calcul est d’autant plus mauvais que la culture et la pratique politiques languedociennes sont familières du conflit, du rapport de force permanent et de l’outrance. Inutile de revenir sur les frasques et les déclarations fracassantes de Georges Frêche, sur l’affaire dite « des chaussettes » à Perpignan, sur les multiples excommunications et dissidences pour saisir en quelque sorte les « usages » et les traditions politiques qui caractérisent cette région.
J’en parlerai au président de la République
Alors que les cabinets et les directions de services de Martin Malvy et Damien Alary, les deux présidents de région, sont censés préparer eux aussi la fusion, il se murmure que les négociations sont au point mort et qu’aucune nouvelle réunion n’est prévue à l’agenda. Le dialogue est semble-t-il rompu, et la stratégie de Damien Alary est à présent d’intervenir auprès de Paris pour obtenir des arbitrages en sa faveur. Le président du conseil régional de Languedoc-Roussillon n’a pas manqué d’évoquer le sujet avec François Hollande ce mardi lors d’un déplacement du président de la République dans l’Aude. A peine 48 heures plus tard, Carole Delga, secrétaire d’Etat au commerce et à l’artisanat et candidate PS aux futures régionales en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, a annoncé ce matin dans Midi Libre que si les services préfectoraux restaient à Toulouse, le conseil régional serait installé à Montpellier.
Bisounours
Evidemment, il faut voir dans cette annonce les fruits de l’intense travail entrepris par Damien Alary. Lundi dernier, lors des « deuxièmes rencontres de la grande région », il s’était déjà montré particulièrement véhément, revendiquant notamment sur un ton bravache et provocateur l’accueil à Montpellier des pôles régionaux de Santé, Recherche et Cancérologie, mais aussi la Drac ou encore le Ceser. « Je suis là pour défendre ma région. Cela fait quarante ans que je fais de la politique et je sais comment ça marche » a-t-il alors déclaré. « On n’est pas des Bisounours » a renchéri Philippe Saurel, le maire de Montpellier, illustrant une fois de plus l’agacement et l’irritabilité des élus languedociens. Et fin juin, lorsque les « préfets préfigurateurs » auront rendu leurs conclusions au gouvernement sur la future organisation territoriale, on peut penser qu’il y aura de nouvelles salves de ce genre.
Jérôme Dutoit
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