Culture

Emmanuel Todd mis à l’ombre à Ombres Blanches

Emmanuel Todd, n’est ni un éditorialiste banal, ni un intellectuel de pacotille. Son ouvrage « Qui est Charlie? » sur l’analyse pointue du profil des manifestants du 11 janvier est d’une véracité absolue, mais déplait à certains. Alors qu’il devait animer un débat en juin à Ombres Blanches à Toulouse, il est…mis à l’ombre.

Emmanuel Todd, l’auteur de « Qui est Charlie? », sujet à tant de controverses, n’est ni un éditorialiste banal, genre grand donneur d’ordres des feuilles de choux, ni un intellectuel de bas étage se prenant pour Victor sans être Hugo ou Hugo sans être Victor. Penseur pointu, Emmanuel Todd a décortiqué avec brio les structures ancestrales françaises, la chute des empires américains et soviétiques, ou encore la sociologie électorale en France. Et, là, quand il s’attaque à l’observation à la loupe de la typologie des manifestants du 11 janvier après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, à travers un travail universitaire conséquent, riche et pertinent en calculs et analyses, un ouvrage savant, il passe sous les fourches caudines de ses détracteurs, qui, pour beaucoup, n’ont jamais lu ce livre dans sa totalité.

SON CONSTAT EST D’UNE VERACITE ABSOLUE
Pour ceux qui le fustigent avec véhémence, et notamment le Premier ministre Manuel Valls, force est de leur dire que son constat est d’une véracité absolue. Surtout qu’Emannuel Todd n’a pas juste fait la photographie flash des manifs du 11 janvier, mais a passé au prisme trois décénnies de manifestation, pour mener sa démonstration. Et n’en déplaise à certains, sa conclusion est infaible: La France qui a manifesté, c’est surtout la « France d’en haut », la France des inclus, la France du « Oui » à l’Europe. Cette France plus riche et plus âgée que la moyenne est de culture catholique, tout en étant massivement hors des églises. La France qui n’a pas foulé le pavé, c’est surtout la « France d’en bas », la France des exclus, la France du « Non » à l’Europe. Cette France plus pauvre et plus jeune que la moyenne est de culture populaire, avec en son sein une présence plus forte de l’islam. Et, ce qui fait fâcher les critiques, est que la thèse d’Emmanuel Todd prouverait que ce sont principalement pour des thèses ethno-religieuses que certains auraient adhéré à la manifestation, et d’autres l’auraient rejetée, les mêmes qui, parlent de complot, en parlant des attentats.
Aujourd’hui, Emmanuel Todd est presque devenu personna non grata. Courant juin, il devait animer un débat Librairie Ombres Blanches à Toulouse. Hier, il apprenait qu’il était mis…à l’ombre. Pour justifier cette déprogrammation, le boss de la librairie toulousaine, Christian Thorel juge que les circonstances ne sont pas favorables et que les conditions d’un débat ne sont pas réunies. Et de décalrer à la presse: « Il ne s’agit pas d’un désaccord avec Emmanuel Todd que j’ai déjà accueilli six ou sept fois à Ombres Blanches, mais d’un sujet et d’un contexte où rien n’est simple. Si je n’avais qu’une conception mercantile de mon métier, je ferais venir Todd, qui est ma meilleure vente, sans me soucier du reste. »
Comment analyser cette posture? Frilosité, peur de fâcher un certain courant? Ombres Blanches avaient déjà appliqué la même interdiction…aux dessinateurs de Charlie Hebdo, Riss et Luz, à l’époque de la polémique des caricatures de Mahomet.
Elle est où la si chère et chérie liberté d’expression…

Laurent Conreur


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