Jeudi dernier, les élus des différentes collectivités concernées par le projet de LGV Sud-Ouest (Paris-Bordeaux-Toulouse) ont manifesté dans les rues de Bordeaux pour soutenir publiquement cette ligne à grande vitesse qui traîne sur les bureaux des ministères et des administrations depuis une quinzaine d’années. Aux côtés d’Alain Juppé (maire de Bordeaux) et d’Alain Rousset (président de la région Aquitaine) ont donc défilé Jean-Luc Moudenc, Martin Malvy et Georges Méric (récemment élu à la présidence du conseil départemental de Haute-Garonne).
Madame Soleil
Cette manifestation de soutien arrive un peu plus d’un mois après la publication de l’avis défavorable de la commission d’enquête publique sur cette LGV Sud-Ouest. D’ici l’été, le gouvernement doit trancher pour ou contre la réalisation de cette infrastructure dont le coût est évalué à 7 milliards d’euros pour une mise en service aux alentours de 2025.
Bien entendu, il n’est nullement question ici de se prendre pour Madame Soleil ou de tenter de prédire l’avenir en lisant les lignes de la main, en tirant les cartes, en jouant les Paco Rabanne de circonstance. Impossible de prévoir quelle sera la décision gouvernementale, mais disons-le tout net : cette LGV a du plomb dans l’aile.
Bonjour la dette !
Les finances des collectivités ? Exsangues, si l’on en croit les élus. Le réseau ferroviaire ? Vieillissant, mal entretenu (accident de Brétigny etc…). Les comptes de la SNCF ? Dans le rouge, et pas qu’un peu. Aux alentours de 37 milliards d’euros de dettes. Oui vous avez bien lu : 37 milliards. Le modèle de la grande vitesse ? Epinglé par le Cour des comptes qui le juge peu rentable et totalement éloigné des réalités. Voilà pour les principaux éléments de contexte. Dans ces conditions, on comprend le pessimisme de certains acteurs favorables au projet, du moins leurs vives inquiétudes.
Vue de l’esprit
Car aujourd’hui, la décision se prendra moins sur des questions de fond du style : « a-t-on réellement besoin d’une LGV ? », que sur des capacités et des engagements de financement. Parce que si l’on y réfléchit bien, la question des « besoins », elle, est extrêmement relative. Certains jugent cette LGV indispensable, d’autres (notamment la mouvance « écolo », mais pas que…) la considérent comme totalement superflue. Les arguments des deux parties sont recevables dans la mesure où chacune d’elles défend des visions différentes de notre société et de son avenir. Bref, les besoins, les nécessités ? Tout cela est bien philosophique… Rappelons-nous cette sentence extraordinaire de l’économiste John Maynard Keynes à un journaliste lui demandant quelles étaient ses prévisions sur le long terme. « Sur le long terme, nous sommes tous morts » avait cinglé Keynes. Pour la LGV, la vraie question désormais est de savoir qui va mettre la main à la poche pour la construire. Et vu l’état des finances publiques, si les investisseurs privés ne se manifestent pas rapidement, cette LGV restera une vue de l’esprit.
Jérôme Dutoit
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