Depuis que le tandem Boudjellal-Laporte a branché Toulon en courant continu de talents, le RCT fait des étincelles: sept finales, quatre titre dont un Brennus et depuis hier trois Coupe d’Europe consécutives, un record. Mais Toulon est-il le club prédateur numéro 1 de l’histoire du rugby devant le Stade Toulousain, Béziers ou Lourdes, les autres despotes?
Depuis que le tandem électrique Mourad Boudjellal-Bernard Laporte s’est branché en courant continu, le RC Toulon fait des étincelles: sept finales quatre titres, à savoir un Brennus et depuis hier soir, après la victoire machine de guerre contre Clermont, 24-18, trois titres consécutifs dans la plus glorieuse Coupe d’Europe, un record. Un règne. Une hégémonie, mais qui ne plait pas à tout le monde, car souvent le peuple préfère les Poulidor aux Anquetil. Pourtant l’ambition dévorante est le propre du sportif, ou de l’homme d’affaires…surtout que le sport, dans de nombreuses disciplines, sont aujourd’hui aussi des affaires commerciales, du sport business.
Reste que Toulon, dans la jungle d’ovalie, s’inscrit comme un prédateur insatiable, un carnassier. Mais est-il le numéro de l’histoire en France? Dans une histoire où un nouveau roi siège sur le trône tous les 20 ans. Toulon années 2010 donc, Toulouse années 90, Béziers années 70 et Lourdes années 50.
Force est d’admettre que le RCT avec ses golgoths, « Surtout pas des mercenaires » comme s’en délectait, hier soir, Bernard Laporte dans l’euphorie mesurée du triplé, a effectué un travail de titan. Plus dévastateur et conquistador que le Lourdes de Jean Prat, l’élégance même de l’ovalie, que le Béziers machine à broyer d’Armand Vaquerin ou que le Stade Toulousain standing évolution de Matabiau Albert Cigagna?
LE RUGBY N’EST PLUS UN JEU, MAIS UN LABEUR
Autres temps, autres moeurs, autres meurtres magnifiques, diront certains. La question est sans fin, mais pas sans faim, tant le rugby a changé de table, dans sa stratégie, dans ses règles, dans son potentiel effectif, et dans son économie. S’il est un fait commun avec ces quatre grands noms d’ovalie, c’est l’instantanéité du résultat, de la performance. Mais aussi la politique de constitution des ces gouvernements à volonté de pouvoir absolu. Aujourd’hui, la tactique est d’attirer dans son ciel une constellation d’étoiles avec un guide berger, en l’occurence Bernard Laporte, pour que ne s’égarent pas, avec leur égo, ces brebis de luxe. Et là, Toulon est au firmament. Dans les années 90, le bon deal était de ramener dans son giron les pépites régionales, et d’en induire une génération dorée, ajoutant de ci de là quelques pions pouvant mettre l’adversaire échec et mat. Et là, le Stade Toulousain a su rendre une copie parfaite. Dans les années 70, mettre sur orbite un collectif de joueurs du sérail, animés par le même sentiment d’appartenance, là le Béziers de Raoul Barrière n’a laissé aucune miette. Dans les années 50, c’était la prime aux artistes, à l’artisanat avec tout ce que ce terme a de respectable, et sur la scène, c’est Lourdes qui a obtenu le César.
Finalement, quelle équipe est le prédateur numéro 1? Il faut juste ajouter un paramètre fondamental: depuis 20 ans, le rugby n’est plus un jeu, mais un labeur pour les joueurs. Avec notre société de consommation arbitre de toutes les évolutions, nul doute que Toulon risque bien de continuer à remporter le marché. Déjà, avec le départ annoncé des retraités splendides hier encore, Hayman, Botha, Williams et Habana, Toulon affute ses couteaux pour encore se payer la plus belle part avec les arrivées de Ma’Nonu, de Quade Cooper, de Napoli Nalaga, et de remplaçants de luxe comme Thibault Lassale ou Jonathan Pellisié, et ce ne serait pas fini…
Laurent Conreur
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