Pendant longtemps elle fut totalement sinistrée. A l’image de ce qu’est devenue aujourd’hui la rue du Taur, où le consumérisme et la laideur vomissent leurs décibels et leur camelote sur les deux trottoirs, la rue des Filatiers incarna un temps la plaie commerciale des centre- ville de province. Chaussures en plastique, jeans bas de gamme, débardeurs à l’américaine, téléphonie mobile, savonnerie chimique : voilà ce que la charmante artère menant jusqu’au marché des Carmes proposait, entre autres, aux promeneurs, touristes et piétons de Toulouse.
Le Volcan fait des étincelles
Mais depuis quelques années, et il faut s’en réjouir, la tendance a changé, et l’ouverture, mercredi dernier, du bar à vins-restaurant-caviste « La Table du vigneron », vient confirmer cette évolution. En effet, les commerces de bouche de qualité (on ne parle pas bien sûr des sempiternels québabes) ont fait un joli retour dans cette rue. Cela a commencé au milieu des années 2000 avec l’épicerie fine « Les Petits Pois », où la sélection d’épices est aussi efficace qu’au premier jour. Puis il y eut les débuts en fanfare du « Volcan », une cave à vins totalement improbable, estampillée « nature », qui fit de sacrées étincelles entre 2007 et 2009. Par parenthèse, on y trouve encore quelques quilles du Champ Levat de Jean-Yves Péron. Avis aux amateurs de grands vins savoyards. Plus loin, sur la place des Carmes en fait, ce fut au tour de François Trauque de monter en 2009 la cave « L’envie du Sud ». Là encore, les beaux jus sont à leur aise. Impeccable.
Raison de vivre
En 2013, nouvelle salve rue des Filatiers. Ouvrent leurs portes quasi simultanément le restaurant « Monsieur Marius », créé par Nicolas Brousse, et le café-torréfacteur « La Brûlerie des Filatiers ». Le premier est devenu l’une des meilleures adresses de la ville (fabuleux souvenir d’un lièvre désossé et roulé l’hiver dernier, arrosé d’un côtes catalanes hors circuit : Wabi Sabi, en photo sur la page d’accueil © David Farge) tandis que le second propose ni plus ni moins que les meilleurs kawa que l’on puisse trouver à Toulouse. Au passage, hommage au principal concurrent de la brûlerie, « Saveurs des Tropiques », qui tire largement son épingle du jeu. Toujours en 2013, Jean-Charles Carrère envoie la mitraille avec « A M’en Donné », dont Laurent Conreur a déjà tout dit.
2014 arrive, et dans ses valises la boutique de poche « L’épicerie de Paul », où Laura et donc Paul font partager leurs coups de cœur vino-charcutisto-fromagesques avec une bonhommie qui fait plaisir à voir. Avec eux, cap sur le bassin méditerranéen de l’Espagne à la Grèce en passant bien sûr par l’Italie. Et puis en 2015 donc, voici la toute récente « Table du vigneron », lancée par Pierre Fabre (un homonyme du pharmacien) qui a racheté voici quelques années le Domaine de Gaure, sur les contreforts carcassonnais. L’inauguration de mercredi dernier était prometteuse. Bonne chance à cette nouvelle adresse, en espérant qu’elle ne bastonnera pas trop les portefeuilles. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, nous apprenions le jour même, au cours du déjeuner de presse de la « Table du vigneron » que Nicolas Brousse s’apprête à monter dans les semaines à venir « L’Avant-Marius », juste à côté de son restaurant, un bar à vins sans doute calqué sur « L’Avant-Comptoir » d’Yves Camdeborde à Paris. Bref, il y a, et il y aura de quoi faire. Et on aimerait tant que d’autres rues toulousaines prennent le même virage que celle des Filatiers.
Jérôme Dutoit
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