Politique & Société

Régionales: le parachute s’ouvre à merveille…

C’est l’un des grands classiques de la politique française, qui fleure bon l’accord en sous-main, la manœuvre d’alcôve, la petite tractation menée entre la poire et le fromage sur la table d’un restaurant de sous-préfecture. Ce « grand classique », c’est la méthode du « parachutage ». Le principe en est simple. Il s’agit d’investir comme tête de liste à une élection locale un candidat qui n’a pour ainsi dire que de lointains rapports avec le territoire en question. C’est ce qu’il s’est produit le week-end dernier à Sète lorsqu’un collège d’une quarantaine de grands électeurs du centre-droit a désigné le politologue Dominique Reynié comme candidat aux futures élections régionales de décembre 2015 pour remporter la grande région Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées.
Le monde selon lui
« Il est né à Rodez et continue d’avoir des attaches dans l’Aveyron et le Tarn » a précisé Jean-Luc Moudenc lundi dernier en marge de sa conférence de presse sur la première de son mandat à la mairie de Toulouse et à la Métropole. Jean-Luc Moudenc, déjà très actif en coulisses lors des élections départementales, semble avoir appuyé la candidature de Dominique Reynié, au détriment de quelques roublards de l’UMP, de facture beaucoup plus locale, tel Bernard Carayon, l’ex-député du Tarn. Reynié donc, chroniqueur jusqu’en 2012 sur France Culture et régulièrement invité de l’émission C dans l’air sur France 5, fait partie de ces politologues médiatiques, experts et autres commentateurs tous azimuts des grandes questions politiques d’ordre national et mondial. Sa chronique hebdomadaire sur France Culture ne s’intitulait-elle pas modestement Le monde selon Dominique Reynié ?
Technocratie
Professeur à Sciences-Po Paris, président de la Fondation pour l’Innovation Politique, cet homme de 55 ans qui n’a jusqu’ici jamais fait de politique va donc représenter la droite et le centre pour tenter de conquérir la future grande région sudiste. Au cœur de notre époque où les enquêtes d’opinion nous montrent combien les Français ont quasiment perdu toute confiance dans le personnel politique, les partis et les institutions de la République, le pari est osé d’envoyer au sort des urnes un candidat que personne ne connaît dans la région (hormis peut-être quelques étudiants de l’IEP de Toulouse ou de la Fac de Droit de Montpellier) et qui incarne par ailleurs ces élites médiatico-technocratiques que le peuple tient plus que jamais en horreur. C’est pourquoi cette expérience sera sans doute intéressante. Et puis, en cas de défaite, les journalistes n’auront nul besoin de téléphoner aux politologues parisiens Pascal Perrineau ou Alexandre Adler pour se faire expliquer les ressorts du résultat. Cette fois, l’expert sera déjà sur place.

Jérôme Dutoit


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