Politique & Société

Latifa Ibn Ziaten: son fils, ses batailles

Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat Imad, première victime du tueur au scooter, continue ses batailles au nom de son fils pour que le fanatisme terroriste s’arrête. Travaille sans relâche pour la jeunesse et la paix. Demain, elle conduit 17 collégiens en Israël et en Palestine. Au nom de la laïcité.

Mère courage dans la douleur immortelle. C’est beau, c’est digne, c’est noble. Latifa Ibn Ziaten, maman de Imad, la première victime du tueur au scooter, le 11 mars 2012, parle depuis « avec son coeur, comme une mère » à la jeunesse isolée, aux parents désoeuvrés, pour que le fanatisme religieux n’enrôle plus de Merah bis. Avec son association Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix, elle est en permanence en missions. Demain, elle conduit 17 collégiens de la region parisienne en Israël et en Palestine, pour qu’ils sachent, qu’ils apprennent l’autre et qu’ils le respectent. Les tueries du début d’année ont amplifié ses batailles au nom de son fils. Car tout lie l’assassin immonde de Toulouse et de Montauban et les sauvages barbares de Charlie Hebdo, de Montrouge et de la Porte de Vincennes, et c’est ce carrefour infernal que Latifa Ibn Ziaten veut briser. En ce sens, elle s’investit, comme elle l’a fait dans la quartier des Izards à Toulouse, « Mon fils est mort une seconde fois quand j’ai entendu que des jeunes qualifiaient le terroriste de héros, de martyr de l’islam. Puis ces jeunes se sont excusés, et se sont confiés. Ils attendent que je les aide. Il faut que je fasse tout ce que je peux pour leur tendre la main, pour qu’ils s’en sortent. »
Son ouvrage la mène aussi dans les écoles où elle travaille avec les professeurs pour qu’ils enseignent la laïcité: « Il faut instaurer un dialogue entre les profs et les élèves. Il faut instaurer une conversation simple, il faut mettre les religions côte à côte. Il faut se connaître pour sortir des ghettos. Il faut redonner de la chaleur dans les écoles, les collèges et les lycées. »

« JE SUIS FIERE D’ETRE FRANCAISE »
Vêtue de son foulard du deuil, et non pas d’un voile comme certains le pensent à tort, Latifa Ibn Ziaten revendique sa fierté d’être française et sa foi dans le comportement citoyen. « Je suis fière d’être française. On doit justement unir les nationalités, s’approcher l’un vers l’autre. Nous sommes tous concernés parce nous sommes citoyens, parce qu’on est français. » Et plaide à nouveau pour le rapprochement, l’égalité des chances, la paix et pour que toutes les religions soient conciliables avec la République. « Cela me fait mal quand j’entends un jeune qui me dit qu’il se sent mis à l’écart de la France. »
Sans apaiser sa souffrance, Latifa Ibn Ziaten poursuit sa guerre pacifiste contre l’intégrisme et le fondamentalisme: « La France nous a donné beaucoup de chance, mes enfants ont réussi. Je dois continuer à me battre. » Il lui en manquera toujours un qui continue toutefois à vivre chaque fois qu’elle actionne sa fibre humaniste et rassembleuse: « Mon fils est mort debout. Il m’a laissé un message. Imad, il n’est pas mort pour rien. » C’est beau, c’est digne, c’est noble.

Laurent Conreur


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