Politique & Société

Une démarche qui ne s’imposait pas…

On ne surprendra aucun de nos lecteurs en rappelant ici combien le niveau de la classe politique nous semble toucher chaque semaine un peu plus le fond. De Fleur Pellerin (qui a avoué n’avoir jamais lu un roman de Patrick Modiano) à Manuel Valls (qui devrait ouvrir un dictionnaire pour y chercher la définition de l’Apartheid) en passant par tant d’autres de droite comme de gauche, nos élites laissent régulièrement la bêtise leur manger la soupe sur la tête.
Cette semaine à Toulouse, l’illustration du phénomène est venue d’un courrier adressé par François Briançon (adjoint de l’ancien maire socialiste Pierre Cohen) à la majorité actuelle. Sans revenir en détail sur cette histoire, puisqu’elle a déjà fait l’objet d’un article de Laurent Conreur sur Toulouse Post mercredi dernier, rappelons-en simplement l’idée générale : l’élu rejette la proposition de la mairie de donner au parvis de la Cathédrale Saint-Sernin le nom de Saint Jean Paul II.
Parking de la Laïcité
Que le parvis d’une cathédrale porte le nom d’un Pape, cela semble insupportable à notre bon élu. Il y voit même une forme de provocation. Provocation ? De qui ? Des fidèles qui se pressent chaque dimanche à Saint-Sernin pour y entendre la messe ? Du curé de la paroisse ? Des touristes ? Des collégiens et lycéens du lycée tout proche ? François Briançon, qui n’aime pas la provocation, suggère en revanche que le parvis de la cathédrale s’intitule « Parvis de la laïcité ». Excellente idée. D’ailleurs, pourquoi ne pas donner aussi ce nom au grand parking situé devant la mosquée de Basso Cambo ainsi qu’à l’esplanade sur laquelle se trouve la mosquée d’Empalot. Cela sonnerait bien : « Parking de la Laïcité », « Esplanade de la Laïcité ». Nul doute que les fidèles musulmans apprécieront l’initiative. On pourrait même suggérer à François Briançon d’aller lui-même en défendre l’idée devant les habitants de ces quartiers, avec tracts et banderoles. Il sera sûrement bien reçu.
Misère intellectuelle
Dans sa lettre adressée cette semaine à la mairie, François Briançon précise en outre qu’il s’agit là d’une « décision inutile qui va à l’encontre du dialogue, de l’apaisement et de la sagesse républicaine que nous devrions tous promouvoir. » Il ajoute un peu plus loin à propos de Jean-Paul II : « Personnage controversé, il est reconnu pour son action pour la paix, contre la pauvreté mais aussi pour sa condamnation de la contraception, de l’avortement au moment où, durant son sacerdoce, le SIDA se développait avec force. » Comme bien des gens qui ignorent à peu près tout de la vie de la Jean-Paul II mais préfèrent tout de même prendre position au risque de passer pour des imbéciles, l’élu n’a retenu de celui qui fut Pape de 1978 jusqu’à sa mort en 2005 que ses prises de position sur le préservatif et l’avortement. Comme si c’était le rôle d’un Pape d’en faire la promotion… Consternant.
Avenue de l’URSS
L’inlassable travail de Jean-Paul II pour le dialogue entre les religions, sa défense de droits de l’homme, sa condamnation des excès du capitalisme, le rôle capital qu’il joua en Pologne, son pays d’origine, pour faire chuter le bloc de l’Est: tout cela ne vaut même pas une capote. Par ailleurs, si François Briançon ne veut pas d’un parvis Jean-Paul II, cela ne le gêne absolument pas qu’il y ait à Toulouse même une « Avenue de l’URSS ». L’URSS, pourtant, ce sont des dizaines de millions de morts. Mais non. Visiblement, cela ne semble poser aucun problème. Imagine-t-on un instant un « Boulevard du 3e Reich », ou une « Place Heinrich Himmler » ?
Les cons de l’année prochaine…
Il y a enfin dans toute cette polémique une facette totalement absurde. Après avoir donc énoncé un « personnage controversé », « qui divise », François Briançon a affirmé hier lors du Conseil municipal qu’il s’oppose en réalité à ce que ce soit « le » parvis de la cathédrale qui porte cet intitulé. « Si cela avait été une rue, je ne m’y serais pas opposé » a-t-il avoué. Pour une rue, ça va, mais pas pour un parvis ? La controverse, la polémique, cela dépendrait donc de la voirie ? Allez comprendre…
Bref, encore une fois, surtout, ne s’étonner de rien, laisser pisser, passer à l’ânerie suivante avec le plus grand flegme. Car comme disait Michel Audiard : « J’ai l’impression que les cons de l’année prochaine sont déjà là ».

Jérôme Dutoit


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