Politique & Société

Changer de nom: la préoccupation de l’UMP

L’information a rebondi cette semaine dans les médias nationaux, et notamment hier dans les colonnes de Libération. L’UMP va très certainement changer de nom dans les semaines qui viennent, vraisemblablement à l’occasion de son futur congrès qui se déroulera le 30 mai prochain. Cela fait plusieurs mois que l’idée de changer le nom du parti circule, mais la nouveauté dans ce dossier urgent et primordial c’est la proposition faite par le président de la formation, Nicolas Sarkozy, de remplacer l’acronyme UMP par le vocable « Les Républicains ». Les valeurs de la République, « l’esprit de la République », le « sursaut républicain » : autant de termes et d’expressions que l’on a pas mal entendu et employé ces dernières semaines. Ici même sur Toulouse Post, où nous évoquions récemment l’acception première du mot : la Res Publica romaine, c’est-à-dire la « chose commune », le « bien commun ».
Gaulliste, l’autre…
Bien évidemment, si Nicolas Sarkozy parvient à faire renommer ainsi l’UMP, chacun va y aller de son raisonnement, de sa raillerie, peut-être même que les esprits les plus obtus ou les plus malveillants lui contesteront le droit et la légitimité de désigner les siens « Les Républicains ». Une fois de plus nous aurons droit à ce qu’il convient d’appeler une « prise de température de la bêtise ambiante », et d’ailleurs, reconnaissons que c’est pour cela et guère autre chose que l’on ouvre les journaux. Bref. Comme le fait remarquer Alain Auffray dans Libération, « l’avantage d’un parti nommé « Les Républicains », c’est que tout le monde peut s’y retrouver. » L’intention colle bien sûr à l’objectif de « vaste rassemblement » qui s’adresserait à tous les Français « sans aucun esprit partisan », tel que l’avait affirmé l’ancien chef de l’Etat en septembre dernier lors de son retour en politique. Tout le monde l’aura bien sûr compris, cette idée du vaste rassemblement est une manière évidente de revendiquer la mystique gaulliste.
Bronzer sur un yacht
Le problème, c’est que depuis 2007 au moins, et par bien des aspects, l’UMP offre précisément un spectacle qui incarne l’inverse du gaullisme. Et pas besoin de s’élever sur des thèmes comme la politique étrangère pour faire saisir le gouffre qui les sépare. De petits faits vrais nous en disent beaucoup plus. Ainsi, quoi de plus éloigné d’un De Gaulle payant sur ses propres deniers les factures d’électricité de l’Elysée qu’un Nicolas Sarkozy bronzant sur le yacht du milliardaire Vincent Bolloré ? Et devant le spectacle de l’affaire dite « Bygmalion », comment ne pas penser à cette sentence du Général déclarant : « je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes, et je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent » ?
Schmilblick
Ce n’est pas la première fois que la droite française se réclame implicitement ou explicitement du gaullisme, loin s’en faut. Ce n’est pas plus grotesque que d’entendre les socialistes d’aujourd’hui commémorer la mémoire de Jean Jaurès alors qu’ils en trahissent l’héritage au quotidien. En réalité, il n’y a plus grand monde pour se laisser duper par ce genre d’artifices. Il n’y a plus grand monde pour se laisser duper, mais pas davantage pour croire et espérer en la classe politique. Alors l’UMP peut bien changer de nom, mais une fois qu’elle sera devenue « Les Républicains », en quoi le Schmilblick aura-t-il avancé ? En rien. Et vu le contexte, les sondages, les enquêtes d’opinion et très certainement les résultats électoraux du Front National aux départementales et aux régionales, on se demande même si c’est avec l’UMP et le PS que ce Schmilblick avancera dans les années qui viennent. Ce ne sera pas faute d’avoir essayé, avec un nom ou avec un autre.

Jérôme Dutoit


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