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Rugby des années 80: les amphets à table

 "Du dopage, il y en a toujours eu,  et il y en aura toujours." Les révélations de Jacques Mombet, ancien médecin du SU Agen de 1960 à 1975, et du XV de France vingt ans durant, divulguées dans le livre choc en stock "Rugby à charges. L'enquête choc", écrit par le journaliste Pierre Ballester, à paraître le 5 mars, jettent un froid glacial au centre du terrain rugbystique.

Un pavé dans la mêlée d’ovalie française. Un scud même. « Du dopage, il y en a toujours eu, et il y en aura toujours. » Les révélations de Jacques Mombet, ancien médecin du SU Agen de 1960 à 1975, et du XV de France vingt ans durant, divulguées dans le livre choc en stock « Rugby à charges. L’enquête choc », écrit par le journaliste Pierre Ballester, à paraître le 5 mars, jettent un froid glacial au centre du terrain rugbystique. Un nouveau tremblement de terre après le séisme, contesté par certains joueurs incriminés, propagé par l’ancien pilier bleu Laurent Benezech, à l’automne dernier, dans « Rugby, où sont tes valeurs? », dans lequel l’ex-joueur du Racing aux 15 capes, balançait sévère sur les pratiques dopantes galopant à vitesse grand V dans le rugby pro.

« LA PILULE DEVANT LEUR ASSIETTE »
Au tribunal des flagrants délires ou délits, c’est selon, les confessions sont cinglantes et risquent de peser très lourd si un verdict tombe un jour. Jacques Mombet en version originale dans « L’Equipe »: « Dans le rugby, les amphétamines ont toujours existé. Dans les années 70, des équipes entières en prenaient, d’autres non. » Son témoignage souvenir d’un match amène de l’inquiétude aux angoisses: « Au cours d’un match entre Marmande et Fleurance, je crois, un arbitre a pris peur. Les joueurs avaient de la bave aux lèvres. Ils se balancaient des marrons même entre co-équipiers. L’arbitre a dû arrêter ce match. »
Si de telles pratiques hors les lois du dopage se déroulaient dans des clubs, Jacques Mombet confirme que le mal a aussi gangréné le XV de France: « Comme c’était généralisé, je l’ai aussi vu en équipe de France. Lors des repas d’avant-match, les joueurs avaient leur pilule devant leur assiette. il en était ainsi lors de tous les matches. Du Captagon surtout, du Maxiton parfois, des stimulants aux amphétamines. » Et là, c’est la mort des idoles. « Tous étaient libres d’en prendre ou pas. » Les Blanco, Sella, Berbizier, Champ aussi? « Cela dépendait des matches et des circonstances. C’était surtout les avants qui étaient concernés en raison des combats. » Un combat dont se souvient Wayne Shelford, le troisième ligne black, qui était sorti dans un sale état lors de la défaite, 16-3 contre la France, avec quatre dents cassées, le scrotum déchiré et un testicule pendant, et une commotion cérébrale: « Quand je suis sorti du tunnel et que je les ai vus, leurs yeux ne me disaient pas qu’ils allaient jouer un match contre les Blacks. »

SELLA: « JE ME SENS DIFFAME »
Mais qui fournissaient les produits dopants aux joueurs? Jacques Mombet lui-même? « Non, l’autre docteur, Jean Pène, décédé en 2003. Moi je leur disais qu’ils n’en auraient pas avec moi. »
Et c’est là que des joueurs montent sur leurs crampons. Philippe Sella contre-attaque: « Je n’ai absolument rien à me reprocher. Je me sens diffamé. » Jean-François Imbernon, le roc perpignanais, une des héros du Grand Chelem 1977, allume sévère: « Jacques Mombet peut dire ce qu’il veut et chacun fait ce qu’il veut. Mais moi, à part du Guronsan et du rouge, je n’ai rien pris avant ces matchs. » Jean-Claude Skrela pousse dans le même sens de la critique:  »
Je ne me suis jamais retrouvé avec des amphétamines à avaler dans mon assiette. Et sincèrement, je n’ai pas le souvenir d’avoir rencontré Mombet à un rassemblement ni à un match du XV de France. Notre médecin, c’était Pène, pas Jacques Mombet. »
Dans les contre-rucks, cela va encore ferrailler épais.

Laurent Conreur


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