Politique & Société

Les ennemis de l’intérieur, les collabos…

Cela avait déjà été le cas après « l’affaire Merah », et cette fois-ci le phénomène s’est une nouvelle fois produit, avant même l’issue de la traque des terroristes. Ainsi que le révèle Le Monde dans son édition de samedi, on a appris qu’un certain nombre d’élèves scolarisés dans des établissements de Seine Saint Denis ont refusé de respecter la minute de silence observée jeudi à midi à la mémoire des victimes des attentats. Journaliste au quotidien vespéral, Mattea Battaglia rapporte par exemple ce témoignage d’une jeune fille de 17 ans : « Moi, la minute de silence, je ne voulais pas trop la faire. Je ne trouvais pas juste de leur rendre un hommage car ils ont insulté l’islam, et les autres religions aussi. » Un autre élève, âgé de 14 ans, déclare pour sa part avoir participé à la minute de recueillement « pour ceux qui ont été tués, mais pour Charlie (Charb), le mec qui a dessiné. Je n’ai aucune pitié pour lui. Il a zéro respect pour nous, les musulmans. Mais ce n’était pas la peine de tuer douze personnes. Ils auraient pu ne tuer que lui ». Toujours en Seine Saint Denis, un syndicat d’enseignants précise en outre que dans certains établissements, des professeurs « inquiets » devant d’éventuelles réactions ont même renoncé à ce moment de silence et de recueillement. Nous en sommes là.
L’esprit de Munich
Il arrive un moment, tout de même, où il va falloir commencer à dire les choses. Qu’après une telle tragédie nationale des professeurs s’écrasent ainsi devant des adolescents nous en dit évidemment beaucoup plus que les manifestations gigantesques qui ont eu lieu samedi après-midi en France, en attendant celle de demain à Paris, en hommage aux victimes. Nous avons beau plastronner, défiler en masse, prétendre que l’on s’appelle tous « Charlie », le niveau de pulvérisation du corps national se résume très largement dans ce renoncement de certains proviseurs. Dans cet acte, il y a tout ce qu’il faut de l’esprit munichois, tout ce qu’il y a de plus collabo. Disons-le tout net, c’est une véritable honte. « Ils ne gagneront pas » entend-on partout ces derniers jours à propos des terroristes, des djihadistes et des obscurantistes. Ah bon ? Curieux. Parce qu’en apprenant ce qu’il s’est produit dans ces établissements scolaires, on peut à l’inverse se demander s’ils ne sont pas justement en passe de l’emporter définitivement. « Résister » titrait ce matin Libération
. En sommes-nous encore capables ?

Jérôme Dutoit


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