Politique & Société

L’unité, qu’ils disaient…

Il fallait s’y attendre. La très vive émotion générée par l’attentat qui a visé Charlie Hebdo n’est pas encore retombée que déjà quelques polémiques commencent tranquillement à enfler. Avant d’entendre très prochainement les habituels donneurs de leçons faire des théories sur d’éventuels « ratés » de services de police et de renseignement, la question qui a semblé agiter, tout au long de l’après-midi de jeudi, journalistes, chroniqueurs, élus et représentants de partis, a été de savoir si le Front National a réellement sa place dans le cortège de la grande « manifestation républicaine » qui est programmée dimanche. Au PS, le débat fait rage.
Paradoxe fabuleux
Dès hier, quelques heures à peine après l’effroyable tuerie, la classe politique a repris en chœur le refrain de « l’unité », du « rassemblement », de la « concorde nationale ». C’est une évidence, un gimmick. Imagine-t-on un instant, dans ce contexte, quiconque appeler à la division? Toutefois, certains semblent avoir une drôle d’idée de l’unité. La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, ainsi que le conseiller régional PS d’île de France Julien Dray, ne sont par exemple pas favorables à la participation du Front National à cette manifestation. On appelle à l’unité, donc, mais pas avec tout le monde. Le paradoxe est fabuleux. D’autant que le FN, loin d’être une minuscule boutique politique, est quasiment devenu ces derniers mois le premier parti de France. Lui refuser le droit de défiler dimanche, c’est en quelque sorte refuser ce droit à près d’un tiers des électeurs. Pour l’unité, on repassera…
Cul par-dessus tête
On peut tout à fait comprendre que certains n’aient pas envie de manifester aux côtés de Marine Le Pen, Florian Philippot et consorts, mais dans ce cas, il ne faut pas se gargariser à longueur de journée avec le mythe du « rassemblement » de tous les Français. Comme le souligne Alain Juppé, ce désir d’unité commence donc par une envie d’exclusion. Voilà où nous en sommes : la contradiction sereine, le cul par-dessus tête. Les mots ne semblent plus avoir de sens, utilisés à tort et à travers dans cette grande comédie de déclarations et de postures où l’on nous ressert à chaque tragédie les mêmes sornettes.

Jérôme Dutoit


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