Politique & Société

Quel nom pour la future grande région?

D’aucuns diront que le débat n’est pas fondamental. Que dans un pays qui compte 5 millions de chômeurs, il est des sujets plus urgents, des priorités qui s’imposent davantage. N’empêche, cette réforme territoriale qui est devenue le fil rouge du quinquennat de François Hollande va sans doute donner lieu à des jolies joutes verbales et identitaires autour de la question des dénominations des futures grandes régions. Après s’être longuement penchés sur le découpage géographique, dont il faut préciser que personne ne semble incroyablement ravi, et avant de batailler sur l’attribution des compétences, les élus auront également à trancher sur cet aspect accessoire mais symbolique : quel nom et quel logo pour chacune des 13 régions qui verront le jour à l’issue des élections de décembre 2015 ? Après avis de chaque conseil régional et publication d’un décret au conseil d’Etat, les collectivités auront vraisemblablement jusqu’à l’été 2016 pour faire un choix définitif.
« Sud de France » ?
La semaine passée, Damien Alary, le président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, a fait savoir sa préférence lors d’une conférence de presse. Son choix ? « Sud de France », du nom de la marque créée justement en Languedoc-Roussillon pour promouvoir ses « produits du terroir », et notamment les vins puisque la région est le premier producteur viticole du pays. Son homologue Martin Malvy, selon nos confrères d’Objectif News, serait quant à lui favorable à la dénomination « Pyrénées-Méditerranée », qui est déjà le nom de l’euro-région regroupant Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, la Catalogne et les Baléares. D’autres suggestions et associations sont formulées : « Occitanie-Pyrénées », « Pyrénées-Languedoc », « Sud-Pyrénées », « Languedoc-Pyrénées », « Midi-Languedoc », « Midi-d’Oc », « Midi-Roussillon »…
Coups de béret
Il y a quelques années, la proposition du vibrionnant Georges Frêche, alors président de la région Languedoc-Roussillon, qui proposait de ré-intituler l’ensemble sous le terme de « Septimanie », du nom de la province durant le Haut-Moyen-Âge, souleva un tollé général. L’idée, comme bon nombre de celles qu’a eues Georges Frêche, était à la fois baroque, inoffensive, inutile mais surtout très coûteuse (logo, panneaux d’affichage…). Ce fut l’époque où l’on vit fleurir à l’arrière des véhicules les autocollants à l’effigie de l’âne catalan, signe de ralliement des « opposants » à cette curieuse initiative. Comme quoi, il en faut peu.
Dix ans plus tard, dans une époque où le régionalisme a le vent en poupe, où l’on se monte le bourrichon pour des histoires de clocher qui feraient passer certains personnages des romans de Marcel Aymé pour des « citoyens du Monde », il faut logiquement s’attendre à quelques sacrées passes d’armes sur la question du nom à donner à la future région. Et encore, jusqu’ici, le mot « Occitanie » n’a pas encore été trop lâché au-dessus de la marmite. Des foirails aveyronnais aux halles gersoises en passant par les comptoirs en Formica de tous les cafés du Commerce de l’Ariège, de l’Aude, de Lozère ou d’ailleurs, on n’a pas fini de se disputer le bout de gras en se filant, pourquoi pas, quelques coups de béret.

Jérôme Dutoit


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