Malgré la large victoire de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP (avec un score sans appel de 64% des suffrages), le scrutin organisé par le parti de droite pour désigner son chef nous apporte des enseignements qui vont bien au-delà des résultats. Premier enseignement : la déclaration de François Fillon, ancien premier Ministre de Nicolas Sarkozy, à peine le verdict était-il connu hier soir. « L’union ne signifie pas la soumission » a ainsi déclaré François Fillon. En clair, cela signifie donc la contestation, la rébellion, bref, les complications. Pourquoi pas. Parmi les autres enseignements du scrutin, le score du candidat Bruno le Maire, qui avec 30% des suffrages exprimés réalise une percée bien supérieure à celle attendue. Le député de l’Eure, ancien ministre de l’Agriculture sous la présidence Sarkozy, ancien conseiller spécial de Dominique de Villepin avant de devenir son directeur de cabinet à Matignon, vient assurément de prendre toute sa place au sein de l’UMP. Considéré comme une « valeur montante » de la formation politique, Bruno le Maire vient, avec 30% des suffrages, de faire place nette, ne serait-ce que provisoirement, parmi la cohorte des prétendants : NKM ; Xavier Bertrand ; François Baroin ; Benoist Apparu… Nicolas Sarkozy a beau railler chez lui « l’intello » qui « écrit des livres en Allemand dans la collection blanche », les faits sont là.
Resacraliser la fonction
Après la déclaration de François Fillon, après le score de Bruno le Maire, il y a encore un élément que l’entourage de l’ancien président de la République devrait méditer : la popularité d’Alain Juppé ces temps-ci. Il y a là motif de véritable interrogation. Autant Alain Juppé a toujours été plébiscité par les Bordelais pour son travail de maire de la ville, autant il demeure le seul premier Ministre (1995-1997) à avoir réussi à faire descendre de si nombreux Français dans la rue à l’automne 1995, provoquant une paralysie de l’Hexagone telle que l’on en n’avait plus vue depuis Mai 68. Début novembre, un baromètre de popularité pour le Huffington Post et I-Télé révélait la montée en puissance d’Alain Juppé et de Bruno le Maire parmi les citoyens interrogés. Surprenant. Car il faut remarquer combien le profil des deux hommes, qui est semblable, a longtemps suscité le rejet dans les enquêtes d’opinion. Ce sont des techniciens, des hommes de dossiers, des élèves bien élevés, souvent sortis premier de la classe, des hommes de culture, de plume, enveloppés d’une allure « proprette », sans un pli, sans un épi, avec des parfums d’internat et de classes « Prépa ». Ces dernières années, ce « profil là » n’avait plus vraiment la côte. Trop bourgeois, « pas assez « djeuns ». Il valait mieux « désacraliser » la fonction présidentielle. Naviguer sur des yachts, faire des footings dans la cour de l’Elysée. Mais aujourd’hui, la popularité d’Alain Juppé, le score de Bruno le Maire, démontrent que la météo est en train de changer. Les Français ont peut-être envie de « resacraliser » la fonction tandis que certains « styles » sont sans doute passés de mode…
Jérôme Dutoit
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