Cadre chez un sous-traitant d’Airbus le jour, DJ la nuit, Milena Kodratoff, reine des galettes, mange la vie avec bonheur créatif.
Au temps du Giscardisme immobilier, quand les punks commençaient à vomir leur « No future », et que Simone Veil libère la femme après avoir sué sang et larmes en faisant voter le droit à l’avortement, il est de bon ton pour une fille de faire valser une soumission imaginée aux codes à boucles blondes et de faire s’entrechoquer air de liberté et besoin de provocation. Pas elle. Pas encore. Et ce ne sera pas comme les autres. Chez elle, à l’époque, tout est carré, réglé comme du papier à musique… classique. Son paternel, fils d’un père chef d’orchestre, l’a conduit par la main encore tendre tendresse à l’opéra, peut-être pour suivre le ton et le son de sa cousine concertiste. Chez elle, pas de fausse note. C’est pile et poil, on tourne le dos à la face de ce qui serait poil à gratter. Dans sa partition, il n’y a pas de croche, encore moins de quoi accrocher la colère de son autorité familiale. Lycée Saint-Sernin, le chant, le piano, puis guitare, violon alto, et le jazz qui fait des claquettes sur les trottoirs des rues mondaines de la Ville rose. Milena Kodratoff est normale à l’égal de toutes les filles en compétition dans notre Occident du paraître rémunéré et la standardisation individualisée. Puis….vlan
CADRE CHEZ UN SOUS-TRAITANT D’AIRBUS EN CLASSE CERTITUDES
Elle se propulse en live dans un ciel où ça rupte avec la finitude acceptée. 17 ans, Ibiza. Ca décode, ça déboite. Les nuits sont plus belles et plus folles que vos jours. La musique électro envahit les cerveaux, pas les radios, encore moins un net qui n’en est qu’à ses balbutiements murmures entre certains murs. Les clubs sont alors les houses to be, et les DJ les nouveaux explorateurs. Milena en prend plein les oreilles et back to Toulouse, pour faire monter le son et donner un sens à ses expériences. Elle fait tourner les galettes sur Campus FM pour que l’auditeur trouve la fève. Chouchoutée par DJ Rico, elle sert ses premiers menus musicaux dans des soirées mises en bouche. Va-t-elle alors la nuit jouir du lâcher de l’apesanteur dans ce milieu macho pour le mâcher à sa façon? Car aux filles DJ, la permission de mixer après minuit, c’est seulement si vous enlevez le haut. Seins nus, ce n’est pas son saint-sacrement. Revlan d’une certaine façon…
Elle s’assagit en se posant sur une terre scolaire où ça bosse pour assurer au présent un futur lourd de doutes. 21 ans, les livres après les live. Droit, études en communication, socio, elle n’a pas encore trouvé son sillon, quand enfin elle trouve la note juste. Master à l’IAE. Airbus lui offre un billet pour monter dans son cockpit. Bien dans son fauteuil en classe certitudes le jour, elle peut alors revenir à ses amours platine la nuit. Le Senso, l’Ubu, les Coulisses et autres antres mod’in à Toulouse.
CE SOIR AU « DIEZ » EN UNISSON DE SONS
Aujourd’hui carte d’embarquement en main dans l’aéroport de sa vie, elle enregistre deux bagages. Un avec son statut de cadre chez Alten comme reporting technique et financier financé par l’Etat français. L’autre avec des vinyles qu’elle fait tourner pour animer des événementiels, pour marquer la journée d’une marque, comme American Apparel ou Eleven Paris dernièrement. Mais aussi pour des soirées ciblées comme ce soir au « El Diez » à 22h30 ou encore le 6 décembre prochain aux Ténors pour un night NPY Dowtown.
Les pieds sur terre, toujours éveillée, surtout le matin, car malgré tout la nuit, elle sait l’écourter, Milena ne déborde jamais, car elle déborde d’activités: un morceau en unisson de sons avec EXPLCT et d’autres productions à venir, un deal de choc avec Sophonic, un In à elle pour le Off du Sonar de Barcelone en juin prochain. Poisson polisson libre dans les eaux de la création, Milena a envie de mordre à d’autres hameçons thématiques: les projets littéraires lui grattent la plume, surtout après des ébauches de romans qu’elle n’a pas achevés. Et comme elle aime commencer à finir ce que d’autres ne finissent jamais de commencer…on peut, avec elle, s’attendre à tout.
Laurent Conreur
META AREA /META AREA