Croissance aux abonnés absents, économie atone, morosité générale, colères des uns et des autres, des notaires et des pharmaciens en passant par les « Zadistes » et autres « Bonnets rouges », conversions de jeunes Français à l’Islam radical avant d’aller « faire le jihad » en Syrie, guerre de tous contre tous et de chacun contre chacun : bref, voilà déjà des mois, des années, qu’il faut une sacrée dose d’optimisme (ce que Georges Bernanos appelait « l’imbécillité heureuse ») pour ne pas désespérer jusqu’au bout de ce que les temps que nous traversons offrent comme spectacle quotidien. On n’égrènera pas tous les motifs de déprime, ce serait trop long, et ceux précités constituent simplement les plus actuels. Mais cette impression que tout va mal, que tout part à vau-l’eau, n’est pas seulement la rengaine de quelques déclinologues. Les résultats de l’étude annuelle réalisée par l’Insee, intitulée « France, portrait social », sont là pour mettre tout ceci en statistiques, en chiffres, en courbes et en graphiques.
A la rue
Dans cette enquête, on apprend par exemple que les revenus des ménages les plus modestes baissent chaque année de 1,3% depuis 2007. Les pauvres sont donc de plus en plus pauvres. Dans les centres-ville, les écarts entre les ménages aisés et modestes ne cessent de se creuser tandis que le chômage de longue durée a progressé de 56% entre 2008 et 2013. Les inégalités salariales, qui s’étaient réduites de 2002 à 2007, sont depuis reparties à la hausse. Dans les entreprises du secteur privé, les écarts de revenu entre les jeunes et leurs aînés se creusent également. Seule bonne nouvelle : entre les hommes et les femmes, cet écart se resserre. Toutefois, inutile de se gargariser trop longtemps, parce qu’à présent, il faut tout de même évoquer LE chiffre, celui qui explose littéralement à la lecture de l’étude.
On s’assoit dans le fauteuil et on tient fermement l’accoudoir : entre 2001 et 2012, le nombre de sans-domicile a augmenté de 44%. Si cette catégorie regroupe bien sûr des situations moins graves que celles de vivre dans la rue, on note l’extraordinaire progression en nombre de ceux qui n’ont tout simplement pas de « chez eux ». Et ce que les détails de l’enquête ont d’effrayant se situe précisément dans la normalisation du phénomène. Parmi les personnes qui font partie de cette catégorie, beaucoup ont un emploi, un téléphone portable, et consultent Internet chaque jour. Ils ont presque tout ce qui constitue le « panier moyen » du quotidien. Oui, tout, sauf un logement. Tout, sauf la perspective de rentrer « chez soi » après une journée de labeur. La tendance se banalise. On en est là…
Alors même que l’Insee dévoilait cette semaine cette étude, l’institut TNS-Sofres livrait pour sa part les conclusions de son « Baromètre des valeurs des Français», réalisé tous les deux ans. Intitulé cette année « Moi, beau et méchant », le baromètre 2014 montre que « l’argent » et la « richesse » sont des valeurs en forte hausse, au détriment de la « loi », de la « justice » et du « sacrifice ». Oui, on en est là…
Jérôme Dutoit
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