Initiales R F. Malheureusement que l’on ne déclinera pas comme Roi de France, mais comme Roi en France. Sa Majesté « Rodger », l’homme aux 17 Grands Chelems. Le Picasso de la petite balle qui use de la raquette avec un art unique comme tous les maestros pour peindre les plus magnifiques toiles témoins d’Histoire dans tous les musées du monde. Il manquait un dessin à son dessein exceptionnel: la Coupe Davis avec son pays, la Suisse. Si certains dans l’hexagone, après la blessure au dos du Roi aux Masters se refusant alors au trône de numéro 1 mondial forfait en finale contre « Djoker » Djokovic, avouaient avant l’échéance dans l’antre lilloise bourrée de 27.000 spectateurs, que la France ne redoutait pas tant que cela les « Deux » Suisses. Sauf qu’en face, il y avait « Stanimal » Wawrinka, force née, juste numéro 4 mondial, et Monsieur Federer. Cet après-midi, en trois sets récital (6-4, 6-2, 6-2) contre un Richard Gasquet, petit enfant aux ambitions dans les poches trouées dans son grand short, « Rodger » Federer, 33 ans, l’âge du Christ, marchait sur l’eau, comme Moïse les écartant pour aller rejoindre le sable doré d’une plage jamais encore caressée.
WAWRINKA: « SANS RODGE, ON JOUE LE MAINTIEN EN COUPE DAVIS. AVEC LUI, ON JOUE LA GAGNE »
« Courts » d’histoire. Au soir de la victoire de Stanilas Wawrinka à l’Open d’Australie, Roger Federer ne se sent plus unique au monde entre Bale et Genève. Il sent qu’accompagné du colosse de Lausanne, après avoir zappé cette Coupe Davis, le génie fait tennisman, l’homme qui habite ses coups de raquette, la Suisse peut faire sauter la banque, et ne pas seulement finir chocolat. Wawrinka de confier humblement: « Si je veux que la Coupe Davis devienne un objectif concret de victoire, il faut que Rodge joue. Tout simplement. Sans lui, on joue pour se maintenir. Quand il est là, on joue pour la gagne. Cela a toujours été clair dans ma tête. » Le mécanisme de l’horologe suisse est prête pour remonter le temps, et marquer l’histoire. Malgré un petit couac de la trotteuse sans conséquence contre le Kazakstan, les deux aiguilles suisses sont parties pour enfin arriver à l’heure, arriver à l’or.
Mais qui se cache derrière Federer bourreau des courts et des coeurs adverses? Un homme d’abord à l’émotion manifeste, on a vu la petite larme couler cet après-midi, comme à Paris en 2009 quand il remarchait à nouveau en seigneur sur la terre ocre de Roland-Garros. Federer, c’est aussi une machine de guerre dotée d’une intelligence supérieure, un stratège mélange de Churchill et d’Einstein. Et surtout un physique sans faille tant il sait ne pas trop consommer son corps en écourtant au maximum les échanges. Sauf ces derniers jours quand son dos siffle sous le poids de ses 33 ans, mais aussi en conséquence à son année 2014 top of the top. Sur le CV du « Grand » Suisse, on ne l’a jamais ramassé à la petite cuillière en cours de jeu en plus de 1000 matches joués sur le circuit. Seulement trois fois, le Roi a abdiqué avant de livrer bataille: la semaine dernière en finale des Masters de Londres, en quart de finale à Bercy en 2008 et en demi-finale à Doha en 2012. Et à chaque fois à cause de son dos en do mineur.
MIRKA, SON EPOUSE, SON BOUCLIER, LA PSY DE SES ANCIENNES COLERES
Federer, c’est aussi « The Brain », le cerveau, qui a justement su canaliser ses colères et son tempérament de râleur en début de carrière, pour savoir résoudre toutes les équations posées par l’adversité. Federer, c’est aussi sa femme, Mirka, son buvard, sa seconde conscience lui glissant dans l’oreille comment agir ou réagir. Un bouclier qui fait de Federer l’ironman du tennis et qui ne lui aurait peut-être pas permis de réaliser une carrière aussi éblouissante et d’amasser sur ses comptes suisses l’une des plus grandes fortunes du sport qui afficherait plus de 400 millions de dollars.
Au fait, il manque un seul titre à ce champion hors-norme: le titre olympique individuel. Avec lui sur le court, le miracle est possible. On a vu la magie opérer à Lille ce week-end. A Rio en 2016 aux J.O, le Suisse aura 35 ans, mais avec lui, à génie vaillant, rien d’impossible.
Laurent Conreur
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