Depuis la mort du militant écologiste Rémi Fraisse survenue dans la nuit du 25 au 26 octobre dernier lors d’affrontements violents sur le site du futur barrage de Sivens, chaque jour ou presque nous apporte son lot d’enseignements, qui sont des détails très révélateurs, sur les temps que nous traversons. A présent que l’on sait de manière quasi certaine (différentes enquêtes sont en cours) que le jeune homme a succombé à un tir de grenade offensive qui est vraisemblablement venue s’échouer entre son dos et son sac à dos, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé hier que l’usage de ces grenades offensives était désormais interdit.
Tandis que médias, élus de tous bords et militants en tous genres font des conjectures sur une éventuelle bavure, glosent à n’en plus finir sur de possibles erreurs de communication du gouvernement, vitupèrent contre ce qu’ils appellent les « violences policières » et le « fascisme d’Etat » (allez donc faire un tour en Birmanie, en Colombie ou en Corée du Nord…), difficile de ne pas rester stupéfait par la décision de Bernard Cazeneuve. Puisqu’une grenade offensive a causé la mort d’un manifestant, eh bien interdisons les grenades offensives.
Vive la « caillera » !
On peut certes reconnaître à Bernard Cazeneuve, en tant que ministre de l’Intérieur, sa mesure, sa discrétion, bref sa tempérance, mais il faut admettre que sa décision et son argument au sujet des grenades offensives sont d’une stupidité inouïe. Appliquons la logique. Si demain un manifestant décède par asphyxie après le jet d’une grenade lacrymogène, alors il faudra interdire aussi les grenades lacrymogènes. Un coup de matraque fatal ? A bas les matraques. Un manifestant succombant à un tir de flash-ball ? Fini les flash-ball. Et ainsi de suite jusqu’à ce que les forces de l’ordre soient tout simplement dépourvues de tout moyen d’action.
Quand l’autorité publique, quand l’Etat de droit, quand les dépositaires de la force légitime reculent devant la violence, l’agitation et le désordre, alors la République est à la merci de n’importe quelle faction. Quinze ans après les « années Jospin » où il était de bon ton de dire que l’insécurité n’existait pas, que seul un « sentiment d’insécurité » naissait dans l’esprit de tout un chacun, la gauche au pouvoir ne cesse de montrer sa faiblesse devant la voyoucratie, sa fascination inavouable pour la « caillera ». « On ne peut pas construire un barrage sur un cadavre » avait indignement déclaré Noël Mamère quelques jours après le drame de Sivens. En revanche on peut y perdre le peu qu’il reste d’honneur et d’autorité.
Jérôme Dutoit
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