Culture

Lydie Salvayre: une enfance à Toulouse, le Goncourt à Paris

Lydie Salvayre, de son vrai nom Lydie Arjona, a passé son enfance à Toulouse dans une colonie de réfugiés espagnols, mais aussi sa vie estudiantine pour devenir après une licence de lettres, médecin psychiatre. La romancière a déjoué les pronostics en obtenant le Goncourt pour son ouvrage « Pas Pleurer. »

Certes, ce n’est pas le Nobel de l’Economie de Jean Tirole, mais le Goncourt est à la littérature tous les ans ce que le Brennus est au rugby. Si tous espèrent dans la Ville rose que le Stade Toulousain lève le Bouclier un soir de juin prochain au Stade de France, Toulouse peut, outre avec le Nobelisé Président de l’école d’économie de Toulouse, aussi s’enorgueillir depuis aujourd’hui de compter en son sein et « saint » palmarès la lauréate 2014 du plus prisé des prix littéraires, la romancière Lydie Salvayre pour son livre « Pas pleurer » (éditions Seuil). Selon les bookmakers de l’écrit, Lydie Salvayre aurait déjoué tous les pronostics, car la palme devait se jouer entre « Charlotte » de David Foenkinos (Gallimard) et  » Meursault contre-enquête » (Actes Sud, quatre voix), de Kamel Daoud.
Dans « Pas Pleurer », l’auteure dresse le récit de la guerre d’Espagne en s’épaulant sur sa mère, ex-réfugiée espagnole et âgée de 15 ans à l’époque qui vit à Barcelone l’émerveillement d’une révolution libertaire, mais aussi sur la vision révoltée de Georges Bernanos, révulsé par les atrocités de la nuit franquiste. Deux voix, deux regards qui sonnent étrangement avec nos réalités actuelles. Deux postures sublimées par l’art romanesque de Lydie Salvayre, qui oscille entre violence et insouciance appuyées par une écriture tantôt impeccable, tantôt alègrement violentée.

DIPLOMEE DE LETTRES MODERNES ET MEDECIN PSYCHIATRE
Venue au monde en 1948 à Auntainville, Lydie Salvayre, de son vrai nom Lydie Arjona, est fille d’exilés ibériques ayant fui le franquisme et souhaiant faire le deuil de leur Espagne natale. Lydie Salvayre a passé son enfance à Auerive, près de Toulouse, dans le monde très modeste d’une colonie de réfugiés espagnols. Le Français n’est pas sa langue maternelle, elle la découvre et l’adopte en en usant en littérature. Licenciée de Lettres modernes à la faculté de Toulouse, Lydie Salvayre tourne la page vers la médecine, et diplômée, elle se spécialise en psychiatrie qu’elle exercera d’abord à la clinique de Bouc-Bel-Air à Marseille, puis à Argenteuil en banlieue parisienne.
Même si elle n’est pas en analyse dans la littérature, la figure autoritaire du père et des hispanismes transpirent dans ses ouvrages. Mais aussi des interrogations sur le monde du travail, les inégalités sociales et des portraits de collègues psychiatres. Son premier galop romanesque « Un aller simple » se prend les pieds dans les haies du succès. C’est son roman « La Déclaration » qui la déclare comme plume dans la sphère littéraire, et c’est avec « La Compagnie des Spectres » en 1997 qu’elle recueille les premiers lauriers avec le prix Novembre. Elle s’essaye aussi à d’autres essais d’écriture, comme un mariage littéra-rock avec Noir Désir pour le Festival d’Avignon ou la rédaction de notices du dictionnaire « Les Femmes mystiques ». Une femme peu ordinaire enfin consacrée.

Laurent Conreur


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