Politique & Société

Le bourbier sans nom de la réforme territoriale

Cela fait assurément partie des charmes de la vie politique française, de son côté farceur, cabotin, inconstant et inconséquent. La dernière foucade en date est venue du Sénat. Lors de la préparation de l’examen en seconde lecture du premier volet de la réforme territoriale (qui concerne uniquement le découpage géographique) une commission sénatoriale a retoqué la carte adoptée par l’Assemblée nationale en juillet dernier, qui fixait à 13 le nombre de régions dans la nouvelle architecture territoriale. Les sénateurs s’y sont opposés, appelant de leurs vœux une carte à 15 régions où seraient supprimées la fusion de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne, ainsi que celle de Midi-Pyrénées avec Languedoc-Roussillon. A propos de cette dernière, l’on savait depuis belle lurette le profond rejet qu’elle suscitait auprès des élus languedociens et notamment du président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon Christian Bourquin.
Une opposition tout à fait compréhensible dans la mesure où le cœur économique de ce vaste ensemble « Midi-Languedoc » se situe dans l’agglomération toulousaine. Or, voilà déjà longtemps que le pouvoir politique ne peut plus être éloigné des centres de décision économique. Cette fusion viderait donc de toute substance politique le « pôle montpelliérain », ce à quoi, par définition, ses élus ne peuvent se résoudre. De leurs côtés, de nombreux présidents de groupes politiques au sein du Conseil régional de Midi-Pyrénées se sont exprimés au printemps dernier en assemblée plénière pour souligner « l’incohérence » de cette fusion, jugeant « plus pertinent » un rapprochement avec l’Aquitaine au regard de certains partenariats économiques (Label « Sud-Ouest France) ainsi que du projet de LGV Toulouse-Bordeaux.
Totalement fumeux
Cette réforme territoriale, échafaudée au nom d’une sacro-sainte « simplification » du millefeuille territorial censée dégagée des économies dont les estimations vont du simple au double (ce qui prouve que tout cela est bien conduit à la godille), est en train de virer définitivement au ridicule. Personne n’est d’accord avec personne, la carte change tous les trois mois, tandis que le texte prévoit un dispositif carrément inouïe, pudiquement désigné sous le terme de « droit d’option ». Tenez-vous bien. Le « droit d’option », c’est la possibilité pour un département, après les élections régionales de décembre 2015, de changer de… région. Bref, sous prétexte que les Français ne comprennent rien à l’organisation administrative du pays, les élus et les hauts fonctionnaires concoctent une équation encore plus fumeuse.
Parce qu’en dépit du découpage régional qui devait au départ faire disparaître les conseils généraux (le département), voici que sortent du chapeau les « Métropoles ». Sauf que devant la fronde des départements ruraux, Manuel Valls vient de garantir le maintien de près d’une cinquantaine de conseils généraux, ce qui n’est pas rien puisque cela représente en gros la moitié de la totalité des départements. Voilà, il y aura donc demain des Français qui relèveront d’un département, d’autres d’une métropole. On s’y retrouvera encore moins et, au final, cette réforme territoriale aura réussi le comble de créer un échelon supplémentaire. A moins que tout ceci, à force d’être détricoté, modifié, revu et corrigé, ne finisse tout simplement à la corbeille. Ce ne serait pas la première fois.

Jérôme Dutoit.


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