Sports & Loisirs

Stade Toulousain: face à l’incendie, des anciens allument les braises

Denis Charvet, magique lors de la finale de 1985 contre Toulon, sert ici un certain…Guy Novès.

Les joueurs du Stade unis avaient déclaré après ce titre de 1985: « Dans le contexte du moment, le Stade était en pleine mutation, grâce à Pierre Villepreux. Il avait des idées novatrices. Devenir champions, c’était concrétiser cette avancée; »

Jean-Marie Cadieu, un des monuments socle de la maison stadiste, s’inquiète: « Où est la formation à la toulousaine? »

Le château Stade Toulousain, trône du rugby français et même européen, brûle. Un incendie certes atténué par la victoire samedi, seulement la victoire contre un palot Stade Français, après cinq défaites de rang. Mais pour autant, des anciens joueurs et stratèges techniciens allument les braises. Pompiers pyromanes et ça chauffe.

VILLEPREUX: « LE STADE EST A COTE DE SON IDENTITE »
Pierre Villepreux, ancien arrière virevoltant et un des pères fondateurs du jeu à la toulousaine, l’homme de la finale sensationnelle de 1985 contre Toulon, 36-22 après prolongations, baptisée « Le miracle de l’innocence », ne prend pas de gants pour appuyer là où cela fait mal: « Cela fait une ou deux saisons que Toulouse est à côté de sa culture et de son identité », et de poursuivre avec pertinence « Avoir longtemps dominé les autres a surement empêché de poser la question de savoir comment évoluer sur ses forces. Je ne suis pas sûr que ce travail ait été fait. Quand tout va bien, les petits problèmes qui émergent sont des détails qu’on laisse passer. Il ne faudrait pas. La question se pose quand on est en difficultés: là, tous les problèmes ressurgissent de manière accrue. On cherche alors des solutions partielles alors que c’est le problème dans son ensemble qui est en cause. » Pas de langue de bois. Pas plus de la part de Jérôme Cazalbou, l’ancien numéro 9, qui révèle que « le titre de 2012 acquis avec la mêlée et au pied aura été un bien qui cachait un mal. » Diantre!
Pierre Villepreux, ensencé par ses joueurs à la sortie de la finale de 1985, « Dans le contexte du moment, le Stade était en pleine mutation, grâce à Pierre Villepreux. Il avait des idées novatrices. Devenir champions, c’était concrétiser cette avancée », poursuit dans sa théorie de l’aujourd’hui défunt jeu à la toulousaine: « Selon moi, le jeu du Stade Toulousain n’est pas au point, ça ne joue pas bien. C’est la base essentielle pour recréer une dynamique collective et qui dépasse le cadre du terrain, afin qu’il y ait réconciliation avec le public. Pour cela, il ne suffit pas de gagner des matchs, mais aussi retrouver l’esprit de jeu et le style qui a été celui du Stade. » Des problèmes de perte d’identité que ne fuient pas non plus Yann Delaigue, l’ouvreur d’une des générations dorées, pessimiste quant à la qualification du Stade dans les six pour les phases finales: « Le Stade Toulousain a longtemps eu un temps d’avance avec des joueurs qui privilégiaient l’intelligence de jeu, capables de faire les bons choix. Il y a encore aujourd’hui mais ils sont moins nombreux. Certains ont des attitudes sur le terrain qui ne favorisent pas le jeu de passes… »

CADIEU: « OU EST LA FORMATION A LA TOULOUSAINE? »
Faut-il alors appeler au tribunal des délits flagrants le recrutement? Fabien Pelous, poutre indestructible du Stade, s’insurge:  » Que la conquête soit moribonde en l’absence de deux piliers, que ça mette toute l’équipe en péril, ce n’est pas tolérable. » Jean-Marie Cadieu, autre monument socle de la maison stadiste, s’interroge aussi: « Où est la formation à la Toulousaine? On laisse partir des joueurs qui ont participé à la construction du Stade, ou on ne les conserve pas. Pourquoi avoir laissé partir Poux et Lacombe? Pourquoi ne pas avoir conservé Bouilhou, capitaine de touche, stadiste depuis plus de 10 ans, qui aurait été avec son intelligence un excellent relais avec les nouvelles générations? Pourquoi ne pas avoir cherché à prolonger un Yannick Jauzion? On peut ensuite s’interroger sur les recrues. La meilleure à ce jour se nomme Imanol Harinordoquy, 35 ans. Tant mieux pour lui, mais où est l’avenir du Stade dans tout cela? Combien de joueurs formés à Toulouse que l’on n’a pas gardés, ou à qui on n’a jamais ou peu fait confiance, brillent sous d’autres maillots? Les Bernard, Barraque, Mermoz, Iribaren et tant d’autres depuis quelques années. » La montée en puissance des deux « jeunots » dénichés à Montréjeau et Lannemezan et usinés au Stade, Marchand et Baille, 19 et 21 ans, qui ont livré une belle partition samedi contre le Stade Français, rassure-t-elle Jimmy Cadieu? « Tant mieux, tant mieux. Mais, dimanche contre Toulon, face aux Hayman, Castrogiovanni, Menini, Chiocci et Guirado, ne vont-ils pas souffrir par manque d’expérience et de soutien de joueurs chevronnés? Je ne le souhaite pas, mais….Il faudrait pourtant gagner ce match pour respirer un peu mieux. Mais connaissant Bernard Laporte, il ne va pas se gêner pour mettre la tête du Stade au fond du sac. » Et Pierre Villepreux de conclure l’optimisme dans les chaussettes: « On n’a pas su maintenir un esprit, une dynamique qui a un jour existé. Au final, tout cela fragilise les joueurs. J’ai l’impression de les voir inquiets sur le terrain. Dès qu’ils font la première faute, c’est panique à bord. » Que les joueurs le contredisent…

Laurent Conreur


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