Culture

Marc Galabru, le frère de Michel, a quitté la scène de la vie

Michel et Marc, sang pour sang Galabru. Les deux frères étaient plus que siamois en amour et en admiration.

Michel et Marc, c’était sang pour sang Galabru. Oui, c’était, car Marc, le médecin devenu écrivain romancier et poète, n’est plus. Le frère du célébrissime comédien, homme de théâtre lui aussi, né le 30 janvier 1929 à Safi au Maroc, a quitté, hier, à 85 ans, brutalement la scène de la vie. Le Tarn, où il avait largué les amarres dans son dernier port d’attaches, liens poumons avec cette région Midi-Pyrénées qu’il choyait, l’intronisera à jamais dans son panthéon, tant il était généreux et cordial.

MARC: « AVEC MICHEL, C’EST RAIMU QUI SORT DE SA TOMBE »
Marc et Michel, c’était deux frères, et même au-delà. Un amour fusionnel comme il le racontait lors du portrait double de ces deux hommes d’exception dans le magazine « Mis en Scène », dont il était fier d’être le parrain. « Pudeur chez la vierge est bouclier, et sur tes charmes nus, tu verses une discrète et riche pluie de splendeurs ». « Qualifier Michel, c’est gênant, c’est mon grand frère depuis que notre aîné a disparu. Michel, il est hors normes. Il a une folle insouciance et une timidité insoupçonnée malgré sa gouaille provençale. Moi aussi, je suis un grand timide. » Marc, le médecin accoucheur de belles âmes, ne remerciera jamais assez ses parents d’avoir enfanté deux frères aussi siamois, qui autant ils se miraient, autant ils s’admiraient. Et Marc de se pâmer quand il évoquait Michel le comédien: « Michel au théâtre, c’est juste un génie. Je l’ai vu dans toutes ses pièces, dans tous les classiques. Avec Michel, c’est Raimu qui sort de sa tombe. » Car pour Marc, Michel, c’est un phénomène théâtral, pas un acteur de cinéma, et ce à cause des scénarii, hormis le sublime « Le Juge et l’Assassin » avec Philippe Noiret: « Comme je suis le seul qui peut me permettre une critique à son égard, j’ai toujours dit à Michel que le cinéma lui avait nui. Les Gendarmes avec Louis De Funès ont été un succès phénoménal, mais ce rôle franchouillard a nui à son talent indéniable. »
Main dans la main dans les années 50 dans le Saint-Germain-des-Près des années mistons, cabriolets et petites pépées, les deux frères Galabru regardent leur jeunesse déambuler dans la ouate de luxe: « On s’est dit avec Michel, nous aussi il nous faut bosser, car il nous faut aussi la nana blonde, la décapotable et le chien. J’ai eu une berline, une brune et un chien. Et Michel a eu le théâtre, une vie magnifique au théâtre. Michel était fou de Sacha Guitry. Sur les planches, on l’appelait même Michelitry. »

MICHEL: « BEBE, MARC ETAIT BEAU AVEC SES GRANDS CHEVEUX. C’ETAIT LA MERVEILLE »
Au sujet de Marc, Michel a toujours eu le sein et le sang protecteur: « Bébé, il était beau avec de grands cheveux. C’était la merveille. Je l’ai pris sous mon aile dès notre adolescence, même si quand il avait 10 ans, j’en avais déjà 16. Moi, j’étais comme maman, j’étais doux. Marc était plus comme papa, autoritaire. Par contre, quand j’avais besoin de quelque chose, c’était toujours Marc qui allait affronter les parents. A l’école, on avait le même laisser-aller. Moi, j’ai passé le bac cinq fois, lui six fois. Mais c’est lui qui a réussi scolairement en devenant médecin. » Médecin et bon samaritain avec l’égard de son aîné. La preuve, quand Michel est monté à Paris pour le Conservatoire sans le sou, Marc a troqué sa collection de timbres pour offrir quelques pécules au futur nouveau Raimu.
Les deux frères n’ont jamais cessé d’être en pâmoison réflexive. Ils aimaient se dire: Michel: « Avec Marc, on s’entend bien et on se marie » et Marc de répondre: « Michel, c’est toi mon héros. »
Aujourd’hui, Michel pleure Marc. On ne peut que s’incliner et penser à lui, aux enfants, à Michelle et à tous leurs proches.

Laurent Conreur


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