Économie & Entreprises

Valérie Bornancin: Georges Numéro 5, la griffe qui marque

Valérie Bornancin, après Lili et Léone, a ouvert Georges Numéro 5, un véritable cabinet de curiosités qui ne décline que des produits de créateurs. Un lieu unique, révolutionnaire et punk.

Valérie Bornancin, après Lili et Léone, a ouvert Georges Numéro 5, un véritable cabinet de curiosités qui ne décline que des produits de créateurs. Un lieu unique, révolutionnaire et punk.

« Osez, osez, Valérie, rien ne s’oppose à l’ennui. Soyez leur muse, et que ne durent que les moments doux, ne durent que les moments doux avec vos vêtements et accessoires si singuliers » , un refrain en paraphrasant feu dandy Bashung qui tombe sans faux plis, comme une robe drapée de grandes franges sur un escarpin hôte de prestige. Valérie Bornancin, brune pétillante, ne compte pas pour des prunes dans la basse-cour à bijoux, sacs, sneakers et fringues d’un type à part. Avec sa boutique boîte de bonbons délices Georges Numéro 5, rue Boulbonne à Toulouse, elle sort des dressing-codes portés, copiés et collés. « Georges car c’était le prénom de mon grand-père. Avant quand j’avais Lili et Léone, j’avais baptisé ce lieu avec le prénom de mes deux grands-mères. Et 5, parce qu’ici c’est le 5 de la rue, mais surtout parce 5, c’est le parfum le plus connu du monde, c’est aussi mon cinquième business, parce que c’est aussi le chiffre de Bouddha. Et Georges V, parce que ce roi a eu un petit-fils, Edouard, qui a révolutionné la jupe en Angleterre. » Très hip sans être hop, très rock sans être roll, elle en serait même punk mais sans no future, se love dans un désordre ordonné, se réjouit quand la plus belle des folies est ordonnée. Elle a affirmé ses options, a choisi son genre de civilisation, défend la révolution de velours pour que l’humanité y vive câline dignité. La dame de trèfle pique le coeur des bimbos criardes emperlousées par des usurpatrices de la création, elle les met carreau. Elle s’inscrit en faux contre les semblants qui font comme leurs semblables: « Je sais que je vends des produits chers, je n’en ai pas honte, mais je sais pourquoi ils sont chers, car c’est toujours du travail de créateurs artisans qui passent des heures et des heures à les faire. C’est vrai que je suis contre le réflexe consumériste de celui qui a car il faut avoir la même chose qu’untel ou untel. C’est souvent en plus des produits assez chers qui ne le valent pas. »

« JE REPRESENTE UN TRAVAIL, PAS DU MARKETING »
Marx côté Groucho, elle monte Gavroche sur les barricades: « Je représente un travail, pas du marketing. Je suis en colère quand le prêt-à-porter devient de l’exploitation de l’être humain. Je lutte contre H&M qui a exploité ses travailleurs au Bangladesh, je ne supporte pas cette économie de profits qui ne respecte pas l’humain. Je préfère défendre les petits créateurs qui parient sur leur avenir sans cesse, en se souciant toujours du client, du distributeur et de ses ouvriers. Le jour où l’un d’eux vend son âme, c’est fini pour moi. » Il faut dire que cette miss ne réécrit pas son vécu pour en faire une autre littérature. « Le monde des petits créateurs, je les connais. Après mes études de stylisme et modélisme, où d’abord je m’étais spécialisée dans la maille où là j’ai aussi rencontré des visionnaires et des avant-gardistes qui n’étaient pas attirés par le seul profit, je suis devenue agent pour des créateurs d’accessoires pour développer leurs produits dans le Sud-Ouest. J’ai partagé des moments fabuleux avec des gens à l’écoute, ou le rapport humain était primordial. Tout ce qui me plaisait hors de ce monde si superficiel. »

« JE PROPOSE UN STYLE, JE N’IMPOSE RIEN »
Enfants en bas âge dans sa besace fantaisie, elle ne pouvait plus tracer la route pour faire connaître le nomadisme créatif: « Quand j’ai créé ma première boutique, j’avais dans l’esprit de rendre en retour en représentant que des créateurs artisans que j’avais aimés. » Et pour séduire curieuses, mais aussi curieux piquant le pull en mohair de sa moeuf, elle a, après Lili et Léone, ouvert ce cabinet de curiosités très trendy dandy. « Même si je ne vends pas, quand une cliente me dit: là, il y a du travail, c’est vraiment beau. C’est déjà une récompense. » Chef d’entreprise autonome force de propositions, elle ne revêtira jamais la tenue des artistes du ciseau prêtes à se vendre à des mammouths du luxe: « Je propose un style, je n’impose rien. Je ne fais que faire respirer les créateurs qui donnent leurs mains et leurs âmes dans leur investissement. J’ai beaucoup de respect pour eux, car certains me font des pièces à l’unique grâce à des petites mains, parfois sur mes requêtes, parfois sur des demandes de clientes. Après, ils font ou ne font pas, mais il y a toujours un rapport de vérité. Comme je vous ai dit, je sais que des sacs chers par exemple, entre 1500 et 2000 euros, mais c’est entre 150 et 200 heures de travail sans compter les matières, cela fait moins de 10 euros de l’heure. Je comprends aussi que certaines bourses n’en achètent pas. Je ne critique pas. »
Pour Valérie Bornancin, la taille patron est très épurée: consommer moins mais consommer mieux. « Je propose toujours un produit que l’on peut adapter de diverses façons, mais surtout un produit de qualité qui dure. » Georges Numéro 5, la griffe qui marque.

Laurent Conreur


META AREA /META AREA

À continuer

Économie & EntreprisesLas Criollas Empanadas, l’Argentine en cuisson originaleÉconomie & EntreprisesDura Solex, sed SolexÉconomie & Entreprises« Le Tenace » dans l’eau d’une nouvelle vie