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Yannick Jauzion: « Le doute a grippé la mécanique stadiste »

Yannick Jauzion a dit au revoir au Stade Toulousain et au rugby en fin de saison 2012. Et si Toulouse avait perdu ce jour-là le joueur porteur du projet du jeu toulousain?

Yannick Jauzion a dit au revoir au Stade Toulousain et au rugby en fin de saison 2012. Et si Toulouse avait perdu ce jour-là le joueur porteur du projet du jeu toulousain?

La certitude est un doute, le doute est une certitude, écrivait Nietzsche. Le Stade Toulousain, bateau amiral actuellement ivre en naviguant en eaux troubles du classement, 9e avec 10 points à 13 longueurs du leader Clermontois, à la coque torpillée par quatre défaites consécutives, cultive-t-il aujourd’hui cet antagonisme boomerang, avant de se rendre ce soir à Bayonne- pour un réveil bol d’air ou pour une asphyxie le conduisant en zone rouge des relégables-.
On cherche le pourquoi du comment et le comment du pourquoi de ce déboulonnage du roi d’ovalie pendant deux décennies: une conquête malade et des avants qui tournent au diesel en vitesse, une première ligne qui vacille sous les uppercuts adverses, un staff au bord de la crise de nerfs, un jeu sans jeu, des joueurs qui ne savent pas s’ils vont resigner dans la maison rouge et noire (Dusautoir, Albacete, Nyanga, Medard) ou qui vont rejoindre des clubs sirènes pécuniaires (Picamoles), des erreurs de recrutements ou une préparation physique en question puisque la cascade des blessures se poursuit comme l’an passé. Mais aussi et peut-être surtout la perte de joueurs cadres non remplacés comme Jauzion ou Servat, ce qu’atteste Thomas Lombard, le chroniqueur le plus pointu de la sphère TV-radio.
Alors, on en appelle à la sagesse et à la réflexion d’un des porteurs du projet de jeu qui a fait ce que le Stade était, à savoir le meilleur, pour essayer de livrer un diagnostic sur le mauvais état de santé du club toulousain. Alors parole à Yannick Jauzion surnommé « Le platane », car avec lui le jeu à la toulousaine prenait racine. « Il ne faut pas se voiler la face. Le Stade ne va pas bien. Il ne faut pas dire qu’il reste encore des matches. Tout ce qui est perdu est perdu. Et surtout, il faut tenir compte d’un paramètre capital, il n’y a pas de petites équipes dans ce Top 14. » Alors pourquoi ce péril en la demeure? Parce que le Stade doit, plus que les autres équipes, répondre à des attentes plus élevées, résister à une pression étouffante? « J’ai vécu ma plus belle vie de joueur avec le Stade. Je connais les joueurs, ils sont parmi les meilleurs de la planète rugby. Sur ce point, il n’y a aucun doute. Mais les défaites accumulées ont instauré le doute. La mécanique s’est grippée. Et quand tu doutes, et que tu sais que tu es attendu au tournant, tu perds ta lucidité, tes mains tremblent. Et sachez bien que les autres clubs du Top 14 ne vont pas se gêner pour mettre un peu plus la tête du Stade au fond du seau. »

« CHACUN ESSAYE DE SAUVER LA BARAQUE MAIS C’EST INEFFICACE »
Le talent individuel ne suffit-il plus alors quand le collectif se délite? « Justement, c’est quand le talent individuel s’exprime pour essayer de sauver la cause, que le talent individuel se perd. Chacun essaye de sauver la baraque. C’est louable, mais c’est inefficace. Par contre, c’est quand le collectif prend toute son expression que le talent individuel s’exprime à son meilleur. »
Le raisonnement de Yannick Jauzion est aussi fluide qu’étaient ses passes après contact, son rugby d’évitement- l’inverse de ce que produit le Stade actuellement- qui permettaient aux ailiers d’aller à dame pour habiller des plus beaux habits Monsieur Stade. Alors on ose, ne manque-t-il pas le clone parfait de Yannick Jauzion au Stade? Pudique et blessé, le centre au centre du gotha des centres mondiaux répond: « Pour moi, c’est fini. Il faut savoir s’arrêter, il y a une autre vie après le rugby…Mais il y a le Stade, et cela me fait mal de le voir dans cette situation périlleuse. Il y a des grands joueurs dans ce club tout de même…. »

Bayonne-Toulouse, ce soir en direct 20h45 sur Canal + sports

Bayonne: Spedding- Bustos Moyano, Rokocoko, Upalde, O’Connor- Stewart (o), Rouet (m)- Haare, Ollivon, Chisholm (cap)- Fa’Aoso, Senekal- Muller, Etrillard- Iguiniz

Toulouse: Palisson- Clerc, David, Fickou, Médard- McAlister (o), Doussain (m)- Harinordoquy, Galan, Dusautoir (cap)- Albacete, Maestri- Tialata, Flynn, Baille

Laurent Conreur


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