Culture

Olivier Miquel: « Henri Salvador, un surdoué autodidacte pétri de fêlures et d’irascibilité »

 Henri Salvador, roi des oxymores, le surdoué inculte, le génie musical simple amuseur public, le crooner philosophe irascible censeur, le comique susceptible, l'adorable dur, s'inscrit dans ce panel des cassés magnifiques.
Olivier Miquel, l'auteur toulousiano-montalbanais de la seule biographie d'Henri Salvador, sera le fil rouge demain dimanche dans la cadre de "Un jour, un destin" présentée par Laurent Delahousse diffusée à 23h20 sur France 2, l'émission baptisée "Henri Salvador, une affaire de famille"

Olivier Miquel, l’auteur toulousiano-montalbanais de la seule biographie d’Henri Salvador, sera le fil rouge demain dimanche de l’émission baptisée « Henri Salvador, une affaire de famille », dans la cadre de « Un jour, un destin » présentée par Laurent Delahousse diffusée à 23h20 sur France 2.

"Le  rire du destin" d'Olivier Miquel ressort en biographie plus étoffée le 2 octobre sous le titre "Salvador l'enchanteur".

« Le rire du destin » d’Olivier Miquel ressort en biographie plus étoffée le 2 octobre sous le titre « Salvador l’enchanteur ».

 

La France fielleuse et anxiogène se passionne souvent pour les vies à double face, surtout la cachée, bien souvent quand la vitrine aguichante masque l’arrière-boutique où bouillonnent à flux sous-tendu les fêlures. La vie du chanteur, musicien, comédien, inventeur visionnaire, Henri Salvador, roi des oxymores, le surdoué inculte, le génie musical simple amuseur public, le crooner philosophe irascible censeur, le comique susceptible, l’adorable dur, s’inscrit dans ce panel des cassés magnifiques. Demain dimanche dans la cadre de « Un jour, un destin » présentée par Laurent Delahousse diffusée à 23h20 sur France 2, l’émission baptisée « Henri Salvador, une affaire de famille » mettra en lumière les parts d’ombres de l’artiste au sourire charmeur dissimulant des blessures et des lacunes intellectuelles, qui a triomphé avec « Zorro est arrivé » éclipsant le sublime « Syracuse ». Lors de cette émission, un homme fil rouge, le seul qui s’est appropriée la généalogie du titi parisien débarqué de Guyane pour en livrer une biographie sans fausse note et avec des refrains bluffants en 2007 « Le rire du destin », qui ressort en version encore plus étoffée le 2 octobre prochain « Salvador, l’enchanteur », posera sans voix à micro rompu pour révéler quelques passages de vie pas si sages de l’homme qui a inventé la bossa-nova. Cet homme a pour nom Olivier Miquel, toulousain de naissance, grandi à Montauban, petit-fils du Général Miquel, homme de la Libération, et du professeur Pierre Fabre. Homme multifacette, comme l’artiste varié et variété ami fusionnel de Boris Vian, Olivier Miquel a joué sa partition professionnelle au cinéma comme assistant réalisateur avec Jean Delannoy notamment, en politique comme plume de Christian Estrosi et Patrick Devedjian, et donc comme écrivain, de romans « Le vertige de l’ange », « Napoléon, l’amant pressé », et unique révélateur au sérum de vérité de Salvador, quatre mariages et des enterrements douloureux.

QUINCY JONES: « UN DES CINQ PLUS GRANDS COMPOSITEURS »

Tout d’abord pourquoi cette biographie d’Henri Salvador?

Un concours de circonstances. Je finissais mon roman sur Napoléon, et je travaillais intensément pour Christian Estrosi, et je rencontre alors un autre éditeur à qui je dis que je suis très client de la chanson française. Et je lui dis que j’étais très fan d’Henri Salvador, et que cet homme au talent incroyable, créateur de génie, qui va avoir 90 ans, n’a jamais eu de biographie. Je décide alors de me lancer dans un énorme travail de recherches sur l’artiste.

Vous avez rencontré l’artiste?

Oui, mais il m’a dit qu’il était sous contrat avec un journaliste pour un éditeur, et que donc, il ne pouvait pas m’aider dans mes recherches. J’ai alors fouillé dans ses connaissances pour des témoignages. Mais sachez bien que c’était un terrain miné, car des gens proches de lui qui devaient me faire des confidences, ne me les ont pas faites par crainte de la colère de Salvador. L’homme était très susceptible. Les sujets épineux étaient légion.

INCULTE ET TIMIDE, IL MASQUAIT SES CARRENCES AVEC SON RIRE DANS LE MILIEU INTELLO

Qui est alors Salvador, un docteur Jekyll très savant et un Mister Hyde très irascible?

Salvador, c’est une vie incroyable, faite de magnifiques fulgurances et de terribles douleurs. Henri Salvador en premier lieu est un monsieur qui a anticipé les modes dans la chanson, après avoir fait la manche à Montparnasse avant de jouer avec Django Reinhardt . Il a été le premier crooner quand Trenet amenait le jazz dans la chanson. Il a été le premier rocker qui a enregistré avec un jeune arrangeur nommé Michel Legrand. Il a inventé la bossa nova car le Brésilien Antonio Carlos Jobim l’a mise au goût du jour dans les années 60 en reprenant une idée musicale de Salvador. Il a été le premier à enregistrer chez lui en home-studio. Quincy Jones, producteur notamment de Michael Jackson, a dit de Salvador qu’il était un des cinq plus grands compositeurs au monde.

Salvador, c’est surtout l’amuseur avec son rire signature, mais qui masque beaucoup de choses.

Salvador est en effet devenu l’amuseur avec « Zorro », mais c’est surtout un surdoué, né dans une famille intellectuelle, mais qui n’a jamais fait d’études. C’est un autodidacte qui dans les milieux intellos show-bizz se sentait très mal, car très timide aussi. Son rire lui servait de parade pour détourner les questions pointues.

Salvador, c’est aussi les fêlures. Avec son frère André, avec son fils caché Jean-Marie Périer, avec le monde musical contre lequel il était très aigri.

Avec son frère aîné André qui était presque son sosie, il faisait jusqu’en 40 des spectacles communs. Au retour de la guerre, André ne voulait plus composer avec Henri, surtout qu’à l’époque, il n’y avait pas de place pour deux. André a alors créé la confusion sur les affiches des concerts où il était écrit Salvador en très gros et André en tout petit. André, sous la pression, a dû changer de nom, pour s’appeler Jacquart. Concernant Jean-Marie Périer, l’affaire du fils caché a été étouffé. François Périer, l’acteur, son père adoptif, disait à Salvador que ce fils était à lui et l’a dissuadé de s’en occuper. Salvador a rencontré Jean-Marie Périer dans les années 80, lorsque ce dernier a sorti son livre où il a déclaré que Salvador était son père. Salvador n’a pas apprécié et ils se sont fâchés à vie. Avec le monde musical, c’était sévère aussi, car Salvador, gentil d’apparence, ne supportait pas d’être déconsidéré, et de 1960 à 1980, comme il n’était plus reconnu, il est devenu très aigri contre son milieu.

« JE SUIS BLUFFE PAR VOTRE BIOGRAPHIE »

Et le clash avec Benjamin Biolay?

Là encore. L’album produit par Biolay en 2000 l’a remis sur les rails avec d’énormes ventes et un retour au sommet, mais quand Biolay a déclaré « J’ai ressuscité Henri Salvador », il a vu rouge, s’est braqué et sur ses deux albums suivants, il a repris des vieux musiciens. Avec Salvador, il y avait très très rarement de pardon.

Comment a-t-il réagi à votre biographie?

Sa dernière femme, Catherine,  m’a écrit: « Henri Salvador a été bluffé par votre livre ». Ouf, il y avait tant de sujets épineux, et vu la personnalité du bonhomme, j’avais peur qu’il prenne cela très mal.

Un jour, un destin: « Henri Salvador, une affaire de famille », sur France 2 demain à 23h20.

Propos recueillis par Laurent Conreur


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