Économie & Entreprises

Jean-Jacques Mars, libre fonceur

C’est avec les chaussures et les boutiques Les 2 Zèbres et Kollector que Jean-Jacques Mars a mis le pied dans le succès économique.

Le foot, c’est aussi sa vie. Ici dans les années 80, avec son papa coach en haut à droite, et son équipe, on retrouve Jean-Jacques Mars en bas en troisième position en partant de la gauche.

Jean-Jacques Mars, c’est aussi le joueur de poker et son look de dandy nationalement connu et reconnu.

Pour lui, ce ne fut pas l’enfance de l’or, et sa réussite socio-professionnelle argent « content » n’en est que plus louable et respectueuse. On ne scénarise pas version Zola. Mais…Famille ouvrière, « Et j’en suis fier. Je ne renierai jamais mes origines », quartier du Mirail à Toulouse, quatre enfants, une fille et trois garçons, lui le plus jeune, et les trois gamins dans la même chambre, l’aisance n’est pas d’aise, et dèjà, il se sent meneur de son « je ». Il n’est pas « fils de » cherchant à encourager les mécanismes de reproduction, il est « enfant dans », dans sa conquête de son espace pour marcher sur sa lune. « J’ai été le premier bachelier de la famille. J’ai vite eu cette envie de me battre, mais tout en conservant les bons codes et les bonnes valeurs inculqués par ma famille, si modeste soit-elle. » Jean-Jacques, « il est libre », Mars, pour parodier une chanson populaire, dribble vite la vie pour surprendre la défense imaginée d’un contrat social prédestiné. « Je rentre en sport-études football à Salies-du-Salat. Mes parents assurent le financement de ma scolarité, mais je sens que c’est dur pour eux. J’ai un bon niveau et je suis pris ensuite en sport-études second cycle au lycée du Mirail, mais là, l’internat coûte cher, et je sens bien que mes parents ne peuvent pas suivre financièrement. Je leur ai signifié que j’arrêtais, ils ne pouvaient pas se saigner que pour moi. » Un tacle à son destin de footballeur pro, mais Jean-Jacques Mars ne restera pas sur la touche à se morfondre avec les béquilles du refoulé. Il préfère rouler sa baffe et dérouler sa bosse du commerce. « J’ai toujours annoncé que je voulais être chef d’entreprise, à mon compte, avec ce côté leader que j’ai toujours manifesté, au foot ou à l’école. J’ai alors choisi un cycle court de BTS commercial. Je pars de très bas donc je ne peux aller que plus haut, telle est ma vision. »

« QUAND J’AI MA PREMIERE VOITURE DE FONCTION, UNE POLO VERTE. MAMAN DIT: MON FILS A REUSSI »
Libre fonceur, Jean-Jacques Mars se rue rapido dans le monde du travail, quitte à tenter un grand pont à la normale: « Première annonce et premier boulot. Je suis responsable de la boutique Ex’s à Toulouse, car oui j’aime aussi les sapes, je me suis d’ailleurs payé une paire de Paraboots avec ma première bourse, et même acheter à crédit un blazer. J’ai fait ce job pendant un an. Le patron, qui était de Bordeaux, et qui avait une maison d’édition, me propose de prendre la direction communication d’un magazine. J’ai ma première voiture de fonction, une Polo verte. Maman était très fière, elle disait: mon fils a réussi sa vie. Pendant un an, j’ai bossé comme un fou. Le patron me propose ensuite de le rejoindre à Bordeaux mais je veux rester à Toulouse. » Jean-Jacques Mars continue à s’inscrire en faux contre le déterminisme de son statut social initial, « même si jamais je n’occulterai les codes appris au départ. Je garde d’ailleurs toujours mes copains d’enfance, qu’il soit devenu plombier ou petit délinquant. Ce balancier me permet de toujours raison garder ». Il rêve alors de s’exporter au Japon comme garçon au pair et recouvrer un statut de footballeur, car au pays des samouraïs, le foot fait banzaï. Ce sera un hara-kiri au conte de foot. « Avec mon ami Antoine avec qui j’ai fait sport-études, on décide alors de partir à Cuba, pour pourquoi pas monter quelque chose. Cela fait pschitt. On rentre en France, nous sommes en 1998, c’est la Coupe du Monde de foot. Je tente un coup, je me fais prêter de l’argent pour acheter trois places pour 6000 francs pour Argentine-Japon. Je les revends et je gagne de l’argent. Je me crée un petit capital. J’emprunte alors 65.000 francs et on monte la boutique de sapes les 2 Zèbres rue du Coq d’Inde à Toulouse, les 2 Zèbres car avec Antoine, on était un peu des zèbres avec nos looks. Je retourne vivre chez mes parents pour pouvoir assurer la boutique. »

CHAUSSURE A SON PIED DU SUCCES ECONOMIQUE
Jean-Jacques Mars trouve chaussure à son pied et tente un autre coup…de pompes. « On rentre la marque Camper, on est la plus petite boutique de France à en vendre. » La marque Puma ne sort pas alors ses griffes, et Jean-Jacques Mars, félin, fêlé raisonné, s’essaye à un croche-pattes aux réalités de la mode d’alors: « Les Puma n’ont pas la côte, mais je sens qu’avec les Monstro et les Sparco, il y a peut-être un truc à faire. » Et quel coup de tatane au marché. « Cela gaze de folie. On achète l’autre boutique rue du Coq d’Inde. En 2002, on monte la boutique rue des Tourneurs à Toulouse, plus une autre en 2003 à Montpellier. On décide d’arrêter les vêtements et de ne faire que de la chaussure. On ouvre la première franchise avec les 2 Zèbres à Albi, puis avec un copain du foot un Kollector à Tours. En 2007, il nous faut un plus grand espace et on ouvre rue Baronie à Toulouse. Simultanément, on monte quatre franchises à Paris, Nîmes, Pau et Saint-Jean-de-Luz. » Le vertige du goleador qui enfile les buts de la réussite comme des perles au collier de l’ascension économique. « On ouvre même une usine de gilets de sauvetage et de maillots de bains en Tunisie, les 3T, comme les trois Toulousains. Cela ne marchera pas au final. On ouvre une autre franchise chaussures à Vannes. » Jean-Jacques Mars apprendra toutefois le refrain bashungien du « c’est comment qu’on le freine ». « Crise oblige, en deux ans, on vendra Montpellier et on perdra Saint-Jean-de-Luz, Pau et Paris. »

DANDY DOUE AU POKER
Mais le bonhomme ne quitte pas la table des défis, comme on bat en retraite avancée poches trouées. Serial-parieur, il mise sur le poker, le Texas Holden. Et Mars tient bien la barre et ne se retrouve pas chocolat. « J’en deviens addict. Je retrouve au poker l’addiction du jeu et de la tactique que j’avais connue au foot. Je franchis vite les échelons. Je deviens N°9 du poker français. Je gagne de belles sommes, mais je fais toujours le distinguo entre le poker et les finances des entreprises. » L’image Mars sur les tables n’apparaît pas à la fréquence des giboulets. Elle reste accrochée au ciel des salles de jeux: dandy doué les ray-ban soudés au crâne en ébulition, cigare fumant pour tactique enfumée et costard pour tailler l’adversité. « J’ai joui de cette image surtout avec l’arrivée du sponsoring. En 2010-2011, je gagne plus d’argent au poker qu’avec mes entreprises. Mais c’est dangereux car tu peux banaliser la valeur de l’argent et du travail. Et justement travailler à côté m’a toujours sauvegardé, m’a équilibré. Et je n’oublie jamais que je suis enfant d’ouvrier. Je sais vivre au milieu des paillettes mais aussi très vite en sortir. Les codes et les bases apprises au sein des miens reviennent toujours. » La raison a ses raisons que le raison rappelle.
Ses parents auraient-ils misé sur une telle reprise de volée du destin de leur gamin? « Aujourd’hui, ils me prennent un peu pour un extra-terrestre. Ils sont très fiers et très étonnés. Je n’oublierai jamais tout ce que je leurs dois. » Sa recette du succès social n’était peut-être pas dans le livre de cuisine éducatif familial. Mais bien loin le dédain aristocratique arriviste du fiston, il a trop la conscience morale articulée sur le respect des autres. « Je respecte autant un balayeur qu’un Président de la République, tant que chacun se respecte. C’est toujours ce que m’ont appris mes parents. »

LE FOOT ET LA RESTAURATION AU MENU DES NOUVELLES REJOUISSANCES
Aujourd’hui, Jean-Jacques Mars a mis un peu le poker entre parenthèses pour se risquer à de nouveaux inattendus au menu des nouvelles réjouissances. Quoi que. La restauration et le foot. « La restauration, cela me titillait depuis longtemps. Mais dans le plaisir pour faire profiter de mon réseau. Après une première aventure avec des gens du métier à Toulouse, j’ai accepté de m’associer dans le Bistrot des Halles aux Carmes avec Paul Fourcade que j’ai connu au poker. J’aime ce lieu car il mélange tous les milieux sociaux. Nous nous projettons sur un autre établissement plus grand. Une projection un peu comparable avec celle que j’ai connue dans le milieu de la chaussure. Je l’espère. » Et le foot? Pour un retour, crampons plantés sur le terrain de ses premiers amours à Colomiers. Avec une élégance cordiale et un management à l’anglo-saxone, il a pris la présidence du club cette année sans marcher avec des bottes de sept lieux sur les pieds des autres: « Patrick Sacryspeyre, le président d’alors, m’avait proposé il y a cinq ans le poste de manager alors que le club était en CFA2. Cinq ans après, nous sommes en National et j’ai pris la présidence, avec comme politique manageuriale la même que celle dans mes entreprises, basée sur le respect mutuel, la gestion avec les bons associés et sur une volonté de déléguer et de responsabiliser. C’est encore un beau challenge avec un club quasiment pro avec 1 million d’euros de masse salariale. Notre but est de passer d’association en société et de monter en Ligue 2 dans deux-trois ans. »
Libre fonceur et penseur libéré, le gamin du Mirail, caméléon professionnel et amateur de défis de faits, a fait de l’indépendance le tapis volant de ses passions, qui sait d’où il décolle et qui anticipe où il veut attérir, tout en se méfiant des turbulences.

Laurent Conreur


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