Dee Dee Bridgewater et son scat de feu.
De lundi prochain au 16 août, les notes vont gambader en toute liberté, comme les oies et les canards dans les prés gersois, pour livrer une partition de haute volée lors cette 37e clef ouverte par le Jazz In Marciac festival, une conserve qui devrait rester dans les annales. Une affiche en ut majeur après une mélopée sensationnelle l’an dernier qui promet de faire des claquettes sur le sol pour faire du bruit qui fera date dans l’histoire du JIM. De la bonne humeur, le festivalier à Marciac, en fera preuve cette saison encore, tout en ne sacrifiant rien à la pure réflexion que provoqueront des concerts promis sublimes au chapiteau ou à la salle de l’Astrada, sans occulter la petite musique qui court lors du off.
AHMAD JAMAL RECIDIVISTE ET C’EST TANT MIEUX
Et sans fausse note, on peut le dire, les artistes magnifiques, qui ont goûté à la douceur de vivre gersoise, prennent un délicieux plaisir de se rassoir à la table. Comme le classieux Ahmad Jamal, le vif pianiste octagénaire au toucher d’une fluidité aussi claire que l’eau des sources gersoises, qui, le mardi 5 août à 23 heures sous le chapiteau, promet de faire chalouper près de 6000 fessiers avec son groovy quartet drivé par les stances zig-zag de son piano et le saxo flûtiste, Yusef Lateef, qui pèsent 174 ans à eux deux. Un Ahmad Jamal, jazzman de garde, qui s’est bonifié avec les années depuis ce jour de 1953 où Dorothy, la soeur de Miles Davis, avait eu la sublissime intuition de conseiller à son frère de tendre l’oreille aux notes originales et de zoomer les qualités de jeu du natif de Pittsburgh. Et Miles de faire taire les mauvaises plumes, louant sa conception de l’espace, la légèreté de son toucher, sa retenue et son lyrisme.
Lors de ce festin de rois, on pourra se pourlécher les babines avec quelques mets plus ou moins proches de la note bleue sous le chapiteau, comme Wayne Shorter, que Stan Getz a porté aux nues, « Wayne Shorter est le plus grand compositeur de jazz depuis la mort de Duke Ellington », comme Herbie Hancock le magicien, comme Lucky Peterson, le soleil de l’univers blues, comme Dee Dee Bridgewater et son scat de feu, comme Ibrahim Malouf, l’alchimiste de la trompette, comme Youn Sun Nah, la bouche-orchestre, Gregory Porter et sa soul colossale, Jamie Cullum, petit prince à pieds joints sur le clavier, comme Jimmy Cliff, le troubadour reggaeman, ou comme Didier Lockwood qui soufflera à l’occasion des 40 ans de carrière. Sous l’écrin de l’Astrada, des moments résonneront trompettes de la renommée, avec des fidèles comme Michel Portal ou des nouveaux résidents chics et chocs comme Mélanie de Biasio, Jacques Schwarz-Bart ou The Cookers. Dans la Gers, la gourmandise est de guise. Ici, comme le clamaient sans ampli Benny Godson et Sonny Rollins, deux figures sacrées du JIM, Marciac touche à l’infini du jazz.
Renseignements et réservations au 0892 690 277 et sur www.jazzinmarciac.com
Laurent Conreur
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