Thomas Fantini, ici à Paris, lors de la signature de la création de la Pergola à Saint-Germain-des-Prés, pour une ouverture programmée en octobre prochain.
Le père de Thomas Fantini, son grand-père et Tony son oncle Chez Carmen dans les années 70.
De sa voix suave, douce et chaude comme un coussin-doudou à billes de sa fille Inès, il reçoit dans son antre, sa tanière de Lardenne à Toulouse, où les vacances venues, il partage sa table en deux parts égales comme un gâteau de fête, l’une pour lui avec la presse économique et rugbystique, et l’autre pour sa fille sa bataille avec ses jouets et ses coloriages. Ici dans son quartier baby-gros, mistral gagnant, crampons de rugbyman, et lieu de conquête de son espace professionnel où il marche depuis dix ans maintenant sur la lune culinaire, la Pergola. Mine de polisson bien policé, Thomas Fantini a tout du « Supersimpleman » gascon, D’Artagnan coupé de Lagardère et de Zorro, justicier valeureux et humble, un pour tous, tous pour les Fantini et les amis, ferraillant dans la vie sabre au clair à l’acier trempé des valeurs de travail, de générosité, de fidélité, de rigueur et de sincérité. « Mes grands-parents demeureront ad vitam aeternam mes modèles. Du côté de mon papa, ils ont été exilés italiens dans la maconnerie, et du côté maternel, exilés espagnols dans la restauration. Ils m’ont donné le respect de mon nom, de l’histoire et de toutes les valeurs à appliquer au quotidien. Mon socle. »
« ON M’APPELLE TOUJOURS PLUS »
Thomas Fantini est de cette trempe entrepreneuriale provinciale qui respire à plein deux poumons, l’un affectif aux alvéoles aux noyaux à l’ADN ligne de conduite fixée avec la famille comme modérateur, l’autre esprit cascadeur soliste à l’énergie multi-supports. « Je me suis toujours fixé des principes et des exigences, quitte à me pénaliser. J’ai vécu des KO mais je me suis toujours relevé, car je demeure déterminé. Comme m’a dit dernièrement un ami: la vie est un tamis avec beaucoup de sables et beaucoup d’impuretés, à toi de bien le secouer pour en faire ressortir les pépites. La course à la vie, ce n’est pas un 100 mètres, mais un 110 mètres haies où il ne faut pas avoir peur d’affronter les obstacles. Une course, où sans orgueil, je peux dire que je peux courir la tête haute, et ce grâce aussi aux miens qui m’ont toujours dit de ne jamais lâcher, et grâce aussi à d’autres, qui dans des moments de zig-zag, sont apparus pour me soutenir. » Aventureux, prêt aux expériences over limites- Ce n’est certainement pas pour rien que Coralie, sa collaboratrice des premiers jours et aujourd’hui toujours, le surnomme « Toujours plus »- le brun bondissant se voit toujours bien propulsé en vrai dans un ciel de risques où rouille la mémoire des hommes qui ambitionnaient de conquérir les étoiles et qui, dorénavant, se contentent de nager dans des eaux boueuses de leur finitude acceptée.
« J’AI ACHETE LA PERGO A LARDENNE AU CULOT. SANS L’ARGENT »
Aux manettes aujourd’hui de « La Compagnie des Pergos », Thomas Fantini, grandi dans le monde de la restauration, n’avait pourtant pas vraiment envie de se convier à la table. Pas l’appétit et pourtant l’affaire fait ventre. « J’ai fait toutes mes armes chez mon oncle Chez Carmen. Et puis, j’ai pris le Varsi, un petit lieu, une petite cuisine, pas de parking. Et puis, j’ai su que La Pergola à Lardenne allait mal. J’ai fonctionné à la symbolique. J’ai fait une proposition d’achat sans avoir l’argent. Tout au culot. J’avais 28 ans et je pensais bien que cela ne marcherait pas. Et puis, cela s’est fait. Tout le monde m’a dit: Thomas c’est génial. Moi, je crois que c’est un peu fou. Je revends deux ans après le Varsi, car la Pergo, cela ne marchait pas bien. » Et depuis, il a endossé le tablier d’une gloire certaine qui ne cesse de l’exposer en vitrine. Vice-Président de la CGPME, acteur actif à la CCI, membre gourmand des Qualivores, l’homme d’affaires n’a pas pour autant rejoint la compétition symbolique de l’occident du paraître rémunéré et de la standardisation individualisée. « Ce que j’ai, je le dois seulement au travail, à mes parents, à des amis et à mes équipes. Mes équipes, c’est mon autre famille, mon équipe de rugby avec nos cuisiniers qui sont nos avants, et nos serveurs nos arrières, et moi qui suis leur demi-de-mêlée qui fait le lien. »
« INSTALLER LA PERGO A SAINT-GERMAIN-DES-PRES PUIS LE DUPLIQUER A PARIS »
Alors, il poursuit le match. Et même d’autres matches à jouir du lâcher-tout de l’apesanteur de la tranquillité et de l’acquis. Rugbyman dans l’âme, il ne va pas maintenant s’adonner à la play-station « tranquillou » dans son canapé, mais plutôt au flipper où la bille vie de cascadeur va être reprise de bumper en bumper, quitte à faire tilt, ou à gagner l’extra-balle, ou mieux, claquer une autre partie pour un autre défi. Alors, il met une pièce dans le flip « Pari sur Paris » pour que la Pergo s’écrive en lettres capitales à Saint-Germain-des-Près. « J’ai un attachement particulier avec Paris, j’y ai fait des rencontres qui ont changé ma vie. J’ai toujours eu depuis des projets de vie entre Paris et Toulouse, et c’est entre ces deux villes que ma vie va trouver son équilibre. Avec l’ouverture de la Pergo à Paris fin octobre, j’ai l’impression de débuter une deuxième vie. J’y vais avec beaucoup d’humilité. Tous les coups, les bons et les mauvais, m’ont forgé pour ce challenge qui était tatoué en moi. Nous ouvrons un petit établissement de 50 places plus 10 en terrasse. On y va avec notre expérience, nos valeurs, nos produits Sud-Ouest. On est mort de faim, j’ai un peu l’impression d’ouvrir un nouveau Varsi. On veut devenir une adresse de référence, même si on sait qu’il y a de la concurrence, avec le J’Go, l’Alycastre, Viandas de Salamanca l’adresse de Julien Lescarret. Mais il y aura de l’émulation, un beau challenge, j’en ai déjà parlé avec Yves Candeborde, un ami pur Sud-Ouest, qui est une de mes références sur la place. J’ai signé une location-gérance avec option d’achat. J’ai dans l’esprit de perdurer, de m’installer dans le paysage parisien, la ville la plus riche de France et la plus touristique du monde. Mon espoir est de me dupliquer à Paris, comme nous l’avons fait à Toulouse, en ouvrant une Pergo à Labège, au Sporting-Village près d’Aucamville et puis fin août à Bruguières (NDLR: Voir ci-dessous), et les Pains et Pergos à Nailloux Fashion Village et les Movida. Notre stratégie commerciale est de stabiliser Toulouse et de déployer Paris. »
AUX ANTIPODES DE GATSBY LE MAGNIFIQUE
Avec son éternel parachute familial seule ceinture de sécurité et Inès sa fille, luciole de sa conscience, Thomas Fantini, boulimique de défis, va encore tuer le Gatsby le magnifique qui pourrait sommeiller en lui, mort de se ressasser de sa célébrité passée, en allant chercher d’autres lumières plutôt que de mirer celles qu’il a déjà allumées. Avec Paris, il met Bruguières dans le même plat des challenges. « Ouvrir Bruguières, une Pergo et un hôtel, c’est une symbolique fort, car c’était l’établissement de ma mère. J’y vais avec un partenaire avec qui j’ai un fort affectif. Pour moi, il est un modèle en qualité humaine et économique. A Bruguières, l’affectif a été un gros catalyseur, un gros fédérateur. C’est un projet stratégique, un beau complexe, qui nous rapproche de Montauban, de l’Eurocentre et du nouveau parc des expositions. » Toujours dans l’hyper-action. Car se reposer sur ses lauriers, ce serait pour Thomas Fantini, le baiser de Judas. « J’ai besoin d’une vie active. J’ai peur de l’ennui, je n’ai jamais fait cela pour l’argent. C’est le challenge, le combat qui me motive. Je suis rugbyman dans la pore de mon âme. Le silence et la passivité me font peur. C’est souvent usant et épuisant, mais c’est mon moteur. »
Inès est allée faire sa sieste dans la quiétude de Lardenne. Son papa veille sur elle, sur celle qui porte maintenant l’histoire de cette famille forte aux valeurs témoins qu’il faut passer. Papa peut faire chauffer la mécanique de ses défis. Il a en Inès l’essence, qui donne tous ses sens.
NDLR: Toulouse Post va dorénavant présenter à fréquence bi hebdomadaire ou mensuelle le portrait d’un entrepreneur, d’une femme ou d’un homme d’affaires, d’un créateur ou d’une créatrice qui font l’histoire économique de la Région. Prochain portrait: Michel Réglat, Monsieur Mc Donald’s.
Laurent Conreur
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