Avant Mai 68, la blouse était de rigueur à l’école. Reviendra-t-elle dans le public à la rentrée 2014?
« Il est interdit d’interdire » haranguait un des slogans moteurs des manifestants de Mai 68. L’école allait être un des premiers récepteurs de ce vent de liberté. Au placard la bonne vieille blouse, et qu’apparaissent au grand jour les jupes à la Bardot pour les filles et les chemisiers col pelle à tartre, et les pantalons pat’ d’eph’ et les sous-pulls rococo pour les garçons. La révolution par la sape. Mais comme toujours, avec le temps va, tour s’en va, et tout dérape. Autre temps, autres moeurs. Aujourd’hui, c’est la course à la marque dans les cours d’écoles, de collèges et de lycées: « Tu l’as vu ma doudoune Moncler? »; « Tu la kiffes ma chemise Prada? »; « Elle te branche, hein, ma paire de Pierre Hardy? »; « Jamais, mon gars, tu auras mon polo Dior ». Alors que faire pour dissuader de cette course au paraître? Le retour à la bonne vieille blouse, pardi. La tenue unique à la rescousse de l’égalité républicaine. Ce come-back dress code vestimentaire a déjà connu un revival dans des écoles privées dans le but d’atténuer les inégalités sociales. L »institution Sainte-Catherine de Villeneuve-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne a pris cette problématique à bras le corps depuis la rentrée 2011 en réinstituant le port de la blouse dès la maternelle. Avec une réthorique éthique tranchée: « Une reconnaissance de l’être bien avant le paraître ».
Déjà en 2009, Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, avait ouvert le livre des réformes en mettant en exergue l’uniforme anglais en le qualifiant de « facteur d’intégration ». Une thématique reprise à la lettre par l’UMP qui ajoutait du contenant au contenu: « L’uniforme permet de gommer les inégalités sociales et renforce un esprit de cohésion et d’appartenance commune à un établissement ».
« LE MEME TENUE POUR TOUS, POUR ENCORE MIEUX LISSER LES DIFFERENCES »
Si dans le privé, on a osé et ose franchir le pas de la révision de la copie vestimentaire, dans le public, on a toujours préféré gommer l’idée, par peur sans doute d’être taxé de conservateur voir de réac’. Sauf au glorieux et réputé collège Pierre-de-Fermat à Toulouse, où la principale en poste depuis 2006, Françoise Lombardo, a bougé le mammouth, comme l’aurait dit Claude Allègre, en glissant dans les dossiers de réinscriptions des collégiens un questionnaire afin que les 900 parents se prononcent « sur le port à l’intérieur de l’établissement d’une blouse ou d’une tenue vestimentaire commune à tous les élèves. » Prompte à ouvrir son cahier de doléances, la présidente départementale de la FCPE, Hélène Rouche, qualifiait cette volonté de « vaste hypocrisie ». Une critique que la principale de l’établissement toulousain balayait d’un revers de règle: « Certains collégiens souffrent vraiment de ce code vestimentaire. Sachez qu’en dix ans, la proportion d’élèves venant de milieux défavorisés est passée de 5 à 17%. »
Dans les rangs d’élèves, les avis divergent. « Un uniforme à l’anglaise, ce serait bien. Ca ferait penser à Harry Potter. » D’autres assez judicieux rétorquent: « Une blouse pourquoi pas? Mais ceux qui ont des chaussures ou des bijoux de marques, on les verr a toujours. Alors? » « Les filles porteront-elles la même tenue que les garçons? Ne soyons pas ridicules non plus. » A ce sujet, Françoise Lombardo a déjà arrête une thèse: la même tenue pour tous pour encore mieux atténuer les différences.
Laurent Conreur
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