Plus les vagues en mer d’ovalie étaient hautes et sévères, plus Xavier Garbajosa aimaient les défier, les toiser, avec le côté félin qui le faisait toujours retomber sur ses pattes. Jusqu’à ce qu’une patte justement l’oblige à se noyer dans l’océan des désillusions de joueur du meilleur niveau. Genoux, cailloux dans la chaussure. Mais Xavier Garbajosa n’est pas homme à rentrer au port tête basse en gromelant qu’il ne prendrait jamais plus la mer, amer. Aujourd’hui le voilà maritime pour une nouvelle aventure au long cours, mousse entraîneur des Rochellais promus en Top 14, avec un duo de navigateurs aguéris, Colazzo-Ribeyrolles. Et on le sent déjà prêt à monter dans les haubans, réguler le réparateur embarqué, ajuster les instruments de bord pour que La Rochelle ne connaisse pas l’avarie du yoyo ascension et descente immédiate. Confidences avec son gilet d’humilité.
Quand le contact a-t-il été établi avec La Rochelle?
Cela faisait quelque temps que j’avais été sondé par La Rochelle. Le club voulait un ajout de compétences au duo existant Patrice Colazzo et Fabrice Ribeyrolles. Et cela, que ce soit en ProD2 ou en Top 14. Le discours de La Rochelle était quelle que soit la suite cette année de construire, être pérenne dans le résultat. Le club avait fixé, après sa descente, un plan de quatre ans pour atteindre bien structuré le Top 14. Cela s’est fait en trois saisons.
« LA ROCHELLE N’A RIEN A PERDRE, MAIS TOUT A GAGNER »
Pour votre baptême d’entraîneur chez les pros, après avoir seulement coaché les cadets du Stade Toulousain, n’avez-vous pas un peu d’appréhension?
Aborder le top 14 retient deux paramètres: le très haut niveau et évidemment l’appréhension. A moi d’être précis, novateur, efficace, pragmatique et en symbiose avec les deux autres coachs. Etre parfait même si la perfection n’existe pas. Apprendre à se corriger dès qu’une erreur a été commise, afin de ne pas la répéter. En fait, c’est un peu comme le Garbajosa joueur débutant: faire pour le mieux et ne jamais se dire qu’après deux matches au sein de l’élite, on mérite l’équipe de France. Il n’en reste que La Rochelle n’a rien à perdre dans cette aventure en Top 14, mais tout à gagner.
Comment analysez-vous cette équipe et quel va être votre discours?
Tout d’abord ne pas demander l’impossible aux joueurs, mais être exigeant. Nous allons essayer de gommer leurs lacunes, et de leur dire de prendre d’abord du plaisir. A nous de leur donner la caisse à outils pour qu’ils utilisent au mieux leurs atouts. Concernant l’équipe, il est déjà très positif d’avoir conservé 90% de l’ossature de l’an passé. Ensuite, nous avons recruté un mix de joueurs d’expériences et d’éléments avides de prouver leurs valeurs, comme Barraque, Guyot, Synaeghel, Pelo, Qovu, ou Graham. A nous d’y ajouter de la vitesse et de l’alternance.
Pouvez-vous nous préciser votre rôle dans le staff?
Je suis affilié aux skills, à savoir tout ce qui touche à la technique individuelle. Je vais aussi intervenir dans les stratégies globales offensives et défensives. Je vais devoir avoir de la réflexion et assurer des décisions, et ce, en concertation avec les autres coachs. A nous trois justement de hausser notre niveau afin que La Rochelle en tire tous les fruits.
Le fait de bien connaître Patrice Colazzo après vos vies communes au Stade Toulousain a aussi paramétré votre décision?
Tout à fait. Cela a aidé à la communion. Patrice est un ami, il a prouvé sa valeur d’entraîneur. C’est un bon technicien, un bon spécialiste. Fabrice Ribeyrolles, idem, ses qualités d’entraîneur ne sont plus à prouver. Pour ma première dans l’arène des coachs, mieux valait être entouré par deux très bons chevaux.
La Rochelle n’a pas volé sa montée. Votre sentiment?
Absolument surtout qu’Agen, battu en finale, a réussi une super saison en atteignant justement la finale pour la montée directement après la descente. Ensuite, c’est collectivement que La Rochelle a réussi sa mission. Collectivement, cette équipe a du lien.
« JE SUIS ROCHELAIS A 200% »
Le fait d’avoir été consultant pour Eurosport et d’avoir analysé les équipes et leurs jeux est-il un atout?
Oui, c’est vrai. Dans la stratégie notamment. J’ai vu un paquet de matches. J’ai vu comment des équipes pouvaient faire basculer un scénario, modifier des temps de jeu.
On vous sent Rochelais à 100%?
A 200%. Je n’aurai jamais pris une mission pour ne pas m’y consacrer à fond. Pour moi, c’est avant tout une fantastique aventure humaine. J’aime ce côté conflictuel où rien n’est jamais acquis. Je suis homme de défis, je l’ai été joueur, je le serai comme entraîneur.
Et demain si tout vous sourit à La Rochelle? Qu’aimeriez-vous faire?
Il n’y a que le terrain qui paye. Il ne faut jamais se projeter. Entraîneur, je le serai avec mon coeur et mes tripes. Des erreurs, j’en ferai. A moi, de savoir progresser comme quand j’aiété joueur.
Propos recueillis par Laurent Conreur
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